‹ La vie en Afrique, ou, Trois ans dans l'Afrique centraleChapitre 64 sur 232 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

d'avoir toutes ses marchandises sous la main, sans que sa marche en soit allongée d'une étape.

L'expédition allemande continuant de marcher de conserre arec notre caravane, nous disposons de forces assez imposantes pour ne pas même redouter une attaque do belligérants. Quant aux bandits, ils n'oseraient se frotter à ai forte partie.

— Après avoir pris congé do nos hôtes, nous partons, k 7 heures du matin, pour arriver sur la limite extrême d'un nouveau Pori, celui de Tchounio. Chemin faisant, nous croisons

quelques nègres Oua-Gogos se rcndaut k Mpounpoua. Les gens de cette peuplade difiorent grandeinenl des noirs de la côte. Bien faits, sveltcs, dégagés, le nez droit et la physionomie intelligente, ils ont l'air, aussi, beaucoup plus sauvage que les nègres matés par le joug arabe. Ils vont annés d'arca et do lances, à larges fers, et portent martialement dos boucliers do peau de bœuf, tendue sur une armature de bois. Le corps tatoué de rouge, ils s'ornent les jambes de bracelets munis de grelots. Leur coiffure so compose <lo plumes d'autruches, de pintades ou de faisans. Le lobe de l'oreille est percé, chez eux, de trous circulaires dans lesquels Us encliàssent des disques en bois, à ramures, assez somblablas h ceux des femmes de rOu*Nyaniouézi ou des chaînettes de métal, descendant presque jusqu'aux épaules.

Le sol lui aussi change. Fortement chargé de minorai de fer,

il fatigue l'œil par sa teinte rouge. De profondes ravines coupent la route et la rendent fort pénible. Ces ravines, à sec pour le moment, se transforment en torrents à Tépoque de la Massika. A droite et à gauche, des montagnes granitiques, aux crêtes anguleuses, barrent Thorizon. Mais bientôt une éclaircie se produit ; des plaines vastes et riantes se déroulent à nos regards dans la direction de l'Ouest.

Fort courte étape. Nous campons au delà des montagnes, séparant le désert de Tchounio du territoire de Mpouapoua, au bord d'une petite rivière sans eau. Il nous faut creuser pour en obtenir. A la hutte de torchis se substitue le Tembé, construction carrée, à cour intérieure, habitée par plusieurs familles. Les premiers que nous apercevons, sont établis sur le flanc des montagnes, et nos Askaris s'y rendent pour renouveler leurs provisions.

— Le lendemain, 27 août, nous n'effectuâmes notre départ qu'à midi, après un copieux repas. Lever le camp plus tôt eût été une imprudence, car nous ne devions plus trouver d'eau de toute la journée. Les marches, par les fortes chaleurs de l'aprèsmidi, portent le nom de Tirikéza. Elles sont fort antipathiques aux Pagazis, mais blâmées à tort par certains voyageurs. En effet, au moment de travei*ser des régions privées d'eau, partir le matin, c'est s'exposer, la journée entière, au supplice de la soifi et le soir, au bivouac, à celui de la faim, l'eau entrant indispensablcment dans la* préparation de l'Ougali (bouillie de sorgho). Tandis qu'en se prémunissant de façon à tenir bon jusqu'au lendemain, on n'a que quelques heures de jeûne à passer et la soif, môme, est rendue supportable par la fraîcheur de la nuit.

La température était torrido ou me sembla telle. Le sang me montait à la tête et j'avais des bourdonnements dans les oreilles.

Vers trois heures de l'après-midi, une fièvre violente s'empara de moi. Mais la caravane ne pouvait pas s'arrêter ; il fallait marcher quand môme. Pour la première fois, je crus me servir avec soulagement de mon âne. Hélas ! j'étais trop faible et trop abattu pour pouvoir me tenir en selle. Je tombai plusieurs

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