CHAPITRE VII
ibis sur la route. Désespéré, hagard, pantelant, je me traînai à travers les ronces et les épines du chemin. J'ignore comment je pus arriver au bivouac, établi seulement à 8 heures, au milieu de la forêt même, dont les lianes embarrassaient nos pas depuis cinq heures de l'après-midi. Et pas une goutte d'eau pour apaiser la soif qui me dévorait I Tremblant et épuisé, je me couchai au pied d'un arbre, roulé dans ma couverture imperméable, car le camp devant être levé à minuit, au lever de la Lune» nos hommes n'avaient pas le temps de monter et de démonter tentes et lits.
Gomme la veille, je l'avais espérée suave et charmeresse, cette marche de nuit, qu'il me fallait fournir, frissonnant et brisé! Et cependant la route était plus pittoresque encore, et ces grands bois avaient d'incomparables majestés !
Mais que m'importait la poésie, la nature, le monde même! J'avais la fièvre, cette fièvre d'Afrique qui, en moins d'une heure, abat l'homme le plus fortement trempé, qui sape en lui tout ressort et toute énergie, le rend insupportable à 3es amis les plus chers,lui inspire dos idées de suicide, qui a conduit, enfin, tant d'Européens au tombeau !
Ah! je n'oublierai pas cette effroyable traversée de Tchounio, sinistre contraste avec les enchantements de Tavant-veille ! C'est bien le souvenir le plus cruel que j'aie gardé de tout mon voyage. Plus tard, j'ai connu la faim, mais que sont ses angoisses auprès des tortures infernales d'une pareille soif?