‹ La vie en Afrique, ou, Trois ans dans l'Afrique centraleChapitre 67 sur 232 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

quelque impression sur la Reine du Pori qui, au moment peutêtre de s*élancer, pour offrir quelque proie à ses rejetons, sembla hésiter et recula même avec défiance. Puis, majestueusement et sans se presser, elle se retira^ suivie de ses lionceaux, aussi intrigués qu'elle-même, en se retournant, toutefois, à plusieurs reprises comme pour attester de son dédain à notre égard.

Peu soucieux de la voir revenir en compagnie du mâle, Daûno me pressa de rejoindre, coûte que coûte, la caravane et, soutenu par lui, je pus gagner Mdéboué, premier village de rOu-Gogo, vers 8 heures du matin. Déjà, inquiet de ne pas me voir paraître, on allait se mettre à ma recherche. Pendant que Daïmo raconte avec volubilité Témouvante rencontre, un lit est dressé à la hâte et je m'y laisse choir comme une masse, sans même me rendre compte des soins qu'on me prodigue à Tenvi.

— Le lendemain, seulement, nous nous remettons en route pour le premier village Ki-Gogo, où nous acquitterons le Hongo, exigé par les Sultans indigènes, pour le passage dos caravanes sur leur territoire.

Le camp s'établit pour trois jours à Mvoumi, résidence du Sultan Maouarra, car il ne faut rien moins que tout ce temps pour discuter la valeur du tribut régalien, toujours basée sur la richesse supposée des chefs d'escorte.

Le Hongo, cette plaie de l'Afrique centrale, cette pieuvre aux renaissantes tentacules, qui non S3ul3ment appauvrit les plus robustes caravanes, mais les arrête constamment dans leur marche, n'est, en définitive, que l'extension de l'ancien droit, européen et régalien, de passage, combiné capricieusement avec ceux de nos douanes ou plutôt des octrois supprimés en Belgique. n n'est vraiment vexatoire que par sa fréquence et par les interminables arrêts qu'il entraîne. Ainsi, quoi d'intolérable comme d'être obligé de couper, par des haltes de deux ou trois jours, des étapes le plus souvent du même nombre de lieues ? Ce n'est rien que de payer, et l'on serait même fort content de sacrifier une plus forte quantité de marchandises à l'entrée des grands territoires. Mais être mécanisé, qu'on me passe le mot, par le moindre Chef de village, voilà ce qui met la patience à de trop rudes épreuves.

- U n*est malheureusement pas probable que les nombreuses

-tribus dos différentes races, se mangeant, entre elles, comme dos araignées dans un pot, s'entendent jamais pour confondre leurs intérêts. Il faudrait pour cela que les principaux Sultans prissent la haute main ^ur leurs voisins plus faibles, et établissent des gouvernements centralisateurs, unis entre eux dans une pensée commune d'organisation. Quels que fussent les moyens employés dans ce but, ils seraient sanctionnés par l'excellence des résultats. Mtéça, l'empereur magnifique dont parle Stanley avec un si grand éloge, Mirambo, le faiseur de cadavres, comme l'ont baptisé ses propres troupes de brigands, transformés en soldats réguliers par ce nouveau Romulus, Saïd Bargash et ses Beloutchis, pourraient amener la solution de la question; et l'Afrique, ouverte au grand commerce Asiatique, Européen et Américain, serait la première à jouir des sources de prospérité coulant pour le monde moderne.

Le Hongo n'est pas de création ancienne et constitue même un progrès sur le pillage systématique, dont l'unique résultat était de décourager les caravanes, ou bien de les faire s'appuyer sur une force armée suffisante, semant, par réciprocité, sur ses pas, la ruine, le deuil et le pillage. Les Arabes avaient parfaitement accepté cette situation, dont ils profitaient pour solder, à coups de fusil, l'ivoire et le bétail nègre, dirigés vers Zanzibar. C'est ainsi que TOu-Sagara, autrefois hostile, a dii plier sous la conquête imprudemment défiée. Les Mahométans, chasseurs d'hommes, secondés par quelques chefe indigènes, friands de gros bénéfices, ont si bien maté ces populations hostiles, et peut-être encore secrètement anthropophages, que la crainte d'un pareil avenir a mis la puce à l'oreille de la race, plus guerrière cependant, mais mieux avisée, des Oua-Gogos. Continuer à piller les caravanes, c'était tuer la poule aux œufs d'or, et s'exposer, de plus, à de redoutables représailles. Le Hongo prit naissance et ne tarda pas à rapporter, sans danger, de si gros bénéfices, que l'usage on devint général. Pourtant, au Nord de TOu-Gogo, il est encore des peuplades rebelles à cette perception, en raison de leur situation même, éloignée du passage des caravanes en destination de Tabora. Les Oua-Hés, les Oua-Sandaïs et les Oua-Houmbas, continuent à cumuler les fécondes ressources de l'agricidture avec les chances meurtrières du vol à main armée. Mais leurs méfaits, étant donné ce qu'ils leur rapportent, semblent plutôt provoqués par une espèce de dilettan-

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