‹ La vie en Afrique, ou, Trois ans dans l'Afrique centraleChapitre 68 sur 232 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

-Usine pillard, que j)ar la nécessité de se procurer des produits industriels.

Au Hongo, nul voyageur n'échappe et, malheureusement, en présence du mouvement d'exploration qui se produit dans l'Afrique centrale, les exigences croissent tous les jours.

Le IHS est qu'il n'y a rien de stable, rien do régulier. On ne paie point tant par homme ou par charge, mais des variétés et dos quantités de marchandises déterminées par les besoins présents des tribus réclamantes. Aussitôt que ces tribus, — qui ne quittent point leur territoire, et dans lesquelles il serait impossible de trouver un seul porteur ou un soldat d'escorte, — aussitôt que ces tribus, dis-je, apprennent, soit par les indications d'un courrier, soit par les rapports d'émissaires ad hoc, qu'une caravane s'avance vers leurs limites, les Sultans convoquent leur conseil pour discuter les besoins généraux et déterminer la nature, la quantité et la qualité des diverses marchandises qu'on réclamera en Hongo. Les conditions minima arrêtées, on n'en rabattra rien ; aussi majore-t-on les prétentions pour en arriver là, en se promettant de les dépasser le plus que possible. Les petites troupes sont obligées d'entrer dans le village même, où leur personnel est réparti politiquement dans les tembés. Quant aux grandes caravanes, dont la présence équivaudrait au cheval de bois de la légende troyenne, elles sont obligées de camper à l'extérieur. Si les exigences sont trop fortes, en rapport avec l'avoir des caravanes, arbitrairement taxées, les Sultans consentiront au besoin, à indemniser leurs victimes par Toctroi gratuit de certaines denrées, rétablissant la balance. Mais il faut que l'étranger s'exécute. S'il résiste, on l'immobilisera sur place jusqu'à ce qu'il ait abandonné, pour ses vivres, juste la quantité et les variétés des marchandises arrêtées en Ghaouri officiel. Il arrive que, pillées ou trop rudement rançonnées, déjà, certaines caravanes sont dans l'impossibilité de répondre aux réclamations dos Sultans qui, alors, se font payer en monnaie d'esclaves, c'est-à-dire qu'ils les retiennent littéralement en captivité pour accomplir certains travaux d'utilité publique,tel qu'établissement ou renfort de palissades défensives, constructions de tembés, gâchage de terre argileuse pour remplir les clayonnages primitifs des habitations, coupes d'arbres dans les forets voisines, etc. En un mot, à moins d'être en force importante,

explorateurs et marchands se trouvent presque à la discrétion complète des principicules de l'Ou-Gogo.

Les articles exigés pour le Hongo varient selon que les caravanes arrivent de la côte ou retournent de l'intérieur. En montant, ce sont des étoffes, des perles, du âl de laiton, des chaînettes de cuivre, des sonnettes, des grelots, dos fusils, de la poudre, des capsules, etc. En descendant, on ne se charge plus que de peu d'étoffes, fort chères à Tabora, mais on emporte du tabac, du chanvre et le plus de houes possibles, fournies par les forges de TOu-Soukouma. Mais la denrée encore la plus demandée, c'est l'esclave, dont les Arabes continuent à faire un trafic considérable dans l'Ou-Oogo. Nous avons vu que les caravanes de bétail noir forcent même les lignes de Beloutchis, établies par le Saïd, et se livrent secrètement à la traite, malgré les navires anglais croisant en rade de Zanzibar.

Intraitables avant et pendant la perception, du tribut, les Oua-Gogos changent de note aussitôt que> tout étant réglé, il n'y a plus moyen d'exercer de pression indirecte. Aussitôt, d'arrogants et de j^eu serviables, ils deviennent presque obséquieux. En effet, les achats, faits par les voyageurs, leur offrent une source nouvelle de bénéfices, dont ils se disputent avidement le privilège. Hier, il n'y avait pas de bétail, pas de volailles, pas de maïs, pas de sorgho. Aujourd'hui, tout afflue et est présenté à l'achat par les femmes de la tribu, accourues à la première nouvelle de la conclusion du Hongo.

Le campement à peine établi, Saïd bin Nasr (ou lion fils de l'aigle) demande à conférer avec les délégués du Sultan qui évite d'entrer en communication directe avec les caravanes. Notre Djémadar a été chargé des pou voire discrétionnaires de Séwa, avec lequel, ainsi que je l'ai dit, M.Ramaeckers a traité à forfait. Personnellement intéressé à donner le moins possible, Saïd bïn Nasr sait que rien n'est imprudent, ici, comme la précipitation. Il faut se laisser arracher les objets un à un, et l'on se tromperait étrangement en croyant abréger les négociations par une imprudente générosité. Avec la plus entière mauvaise foi, les envoyés du Sultan majoreraient leurs exigences, interprétant votre rondeur en affaire comme un désir de sceller promptement yn marché onéreux, dont ils seraient les dupes. Sans marchan-

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