CHAPITRE VIII
rites ont été tués également, leur caravane est complètement perdue.
< Partis de Karéma, le 13 juin dernier, avec environ 150 hommes, MM. Carter et Cadenhead atteignirent sans encombre, le 23 juin^ le village principal du Mpimboué^ ayant pour chef le Sultan Kassaghéra. Dans le but de rechercher une nouvelle route et de s'assurer de la présence de troupeaux d'éléphants, au Nord du Nyassa, nos infortunés compagnons s*étaient dirigés vers la côte, en comptant traverser Mpimboué et rOu-Rori et arriver dans TOu-Sagara, en contournant rOu-Gogo.
4L Après avoir terminé le paiement du Hongo chez Kassaghéra, ce Sultan fit dire aux voyageurs que Mirambo arrivait pour attaquer le village et qu'ils devaient entrer dans l'enceinte pour aider à la défense. M. Carter s'y refusa d'abord, mais sur la menace d'être traité comme allié do Mirambo, il dut s'exécuter et, à 9 heures du soir, il pénétra dans le village avec sa caravane. Le lendemain matin, on l'empêcha de partir et, vers 9 1/2 heures, débouchèrent effectivement les soldats de Mirambo et de Simba, par la route même que voulait prendre la caravane. Pour des motifs, qui ne pouvaient provenir que d'une fausse connaissance des mœurs africaines, MM. Carter et Cadenhead défendirent à leurs gens de prendre part à Faction, et les réunirent près de leurs tentes et de leurs bagages.
« Le Sultan Kassaghéra s'était, paralt-il, enfui la nuit précédente, avec ses femmes et ses biens, aussi la défense de la palissade fut-elle presque nulle et les soldats de Mirambo envahirent-ils le village de tous côtés. Placés à quelques pas en avant de leurs Zanzibarites, MM. Carter et Cadenhead agitaient leurs mouchoirs au milieu de la fusillade, criaient aux farouches envahisseurs qu'ils étaient des Européens, des voyageurs, qu'ils ne voulaient point prendre part à la guerre ; mais leur attitude pacifique et la vue des marchandises de l'expédition, enflammaient la cupidité des Rougas-Rougas, et les balles se mirent à pleuvoir sur la caravane. M. Cadenhead tomba, d'abord, frappé d'une balle à l'œil, puis d'une seconde balle à la poitrine. Les Zanzibarites se débandèrent, cherchant leur salut dans la fuite. M. Carter, voyant tomber son ami, lira sa montre, inscrivit quelques notes sur son carnet, puis
« jetant son fusil, rentra dans sa tente, disant à ceux qui étaient <c encore près de lui de s'échapper et de venir me rejoindre à ^ Karéma. Il était alors 10 heures du matin. Tels sont les « renseignements que j'ai pu recueillir. Le 29, vers le soir, « arrivèrent 13 hommes de M. Carter qui me confirmèrent la « terrible nouvelle, ajoutant qu*un grand nombre de Zanzibarites 4c avaient perdu la vie et que les blessés suivaient, portés sur « des brancards; TArabe, chef de la caravane, avait été tué. « Un seul Indien se trouvait parmi les survivants et on ne savait « ce qu'étaient devenus les autres.
« Je m'occupai immédiatement des secours à expédier aux
< blessés et je distribuai des vivres aux fugitife. Le 30 juin, « 12 Zanzibarites et 1 Indien se présentaient à la Station ; 4( ils ne m'apportèrent aucun détail nouveau. Le 1*^ juillet, « 68 hommes arrivèrent, Tun d'eux blessé d'un coup de feu « au genou et un autre légèrement atteint d'un coup de pique « à la hanche ; quant aux autres blessés, c'étaient ceux qui, « dans la fuite, s'étaient coupé les pieds aux épines dans les <c broussailles.
4c La caravane de M. Carter comptait, comme je l'ai dit plus « haut, 150 hommes ; il reste environ 70 hommes dont on ignore « le sort mais qui, en grande partie, sont présumés s'être réfugiés « dans l'Ou-Fipa. Les femmes qui accompagnaient l'expédition « ont été capturées comme esclaves.
< Quant au genre de mort de M. Carter, je n'ai pu savoir « d'une façon certaine s'il est tombé sous les coups des soldats « de Mirambo, ou s'il s'est suicidé, comme l'affirment les « Zanzibarites.
« Je ne puis vous exprimer, Monsieur le secrétaire général, « combien j'ai été profondément affecté par ces crueb événe-
< ments. Cet immense malheur sera vivement ressenti en « Belgique comme en Angleterre et je suis persuadé que, comme <c nous, Sa Majesté en sera vivement affectée.
« M. Popelin et moi, nous avions pu reconnaître toute la « franchise, la loyauté, la générosité et la délicatesse de « M. Carter. Je comptais en lui un véritable ami. Sa bravoure ^ allait jusqu'à la témérité, sa générosité parfois jusqu'à la « prodigalité , car il jouissait à Bassorah d'une poâtion de « 25000 francs et l'avait quittée pour la gloire de prendre la « conduite des éléphants, sans avoir économisé la moindre