CHAPITRE VIII
c chose. M. Gadenhead venait à peine d*arriver, fortement « affaibli par la fièvre, mais s*était remis courageusement en « route avec son chef, pour lequel il montrait un dévouement « complet ; leur perte excitera les plus vifs regrets parmi tous « ceux qui les ont connus.
« Les indigènes de Karéma, que j'ai envoyés à la recherche « des renseignements, revinrent le 4 juillet. Us n'avaient rien «c appris et n'avaient pu s'approcher qu'à 10 ou 12 lieues du « village de Kassaghéra. Mirambo y était toujours, attendant 4c les tributs des viUages environnants et le pays était parcouru « par des bandes de pillards qui rendaient la cu*cuIation des plus « dangereuses. »
(Signé) Gambier.
Dernière lettre de M. Camhiev, 11 juillet,
€ D'après des bruits que je ne puis transmettre officieUement, « car ils ne reposent sur aucun fait, Mh^ambo témoigne son « mécontentement à ses soldats de ce qu'ils aient tué les Européens, à qui il ne faisait pas la guerre ; cela ne l'a pas empêché d'emporter tout le butin. Il a, dit-on, laissé la vie à « trois Indiens qui n'avaient pas été massacrés au premier moment, ainsi qu'au domestique goanais de M. Carter, et il se propose de les ramener au missionnaire anglais, le docteur Southon qui est installé chez lui. Parmi mes nègres, il n'en 4c est pas d'assez courageux pour risquer d'aller trouver 4c Mirambo. Ce n'est pas qu'il y ait la moindre chose à craindre, « dès qu'on est en sa présence, mais il faudrait traverser une « dizaine de lieues de pays infesté par des bandes d'assassins « et de pillards dont se composent les armées de ce pays. Si 4c M. Popelin était ici, je n'hésiterais pas, car le danger pour « un Européen serait, surtout en ce moment, beaucoup moindre, < et j'irais réclamer les prisonniers. Mais il est impossible « d'abandonner mon poste. Les nouvelles que je reçois de « M. Popelin sont rares, vagues, mais rassurantes; il ne se « trouve qu'à sept marches d'ici, mais dans une contrée alliée « de Mirambo, et je crois qu'il n'a pas grand'chose à craindre, « s'il reste où il est, sans chercher à se mettre immédiatement « en route. Je compte lui envoyer, dans quelques jours, 60 à « 70 hommes valides, choisis parmi les gens de M. Carter et.
€ avec leur aide, il pourra ramener sans encombre sa caravane 4c jusqu'à Karéma.
< Les réfugiés se montrent peu disposés à cette nouvelle -« corvée, bien que je les aie recueillis et nourris depuis leur « arrivée ; mais je leur ai fait entendre clairement que nous ne « formons tous qu'une seule tribu et que ceux qui se montre- <c raient récalcitrants seraient considérés comme déserteurs et « ne toucheraient pas une pessa à Zanzibar. Gela les a fait « réfléchir et je crois bien qu'il ne se présentera plus de « nouvelles difficultés.
« L'arrivée des 95 hommes de M. Carter, à Karéma, m'a mis, « dès le début, pour ainsi dire hors de danger; les travaux de « défense ont été poussés activement, mais dès que la première « frayeur a été oubliée, la paresse naturelle du nègre a repris « le dessus; heureusement j'avais profité du premier moment, « et nous sommes maintenant complètement clôturés et retran- « chés. »
(Signé) Cambier.
— Nous repartirons demain. Depuis quelques jours, instruits de la mort de Carter et de Gadenhead, nous avions payé notre tribut de regret et d'admiration à ces héroïques champions de la civilisation moderne, tombés au poste de l'honneur. Heureusement que nos pertes ne sont pas aussi grandes que nous le craignions. MM. Gambier, Popelin, Roger et Burdo n'ont pas été enveloppés dans la catastrophe ! Qui plus est, nous aurions quelque espoir d'arrangement avec le terrible Mirambo, qui n'en voudrait pas aux Européens, mais seulement aux Arabes et aux tribus méconnaissant son autorité. Ges dernières nouvelles sont joyeusement fêtées par nous et, bien que souffrant encore, je trinque avec joie avec mes compagnons, à la santé des amis hors do danger immédiat.
i^ septembre. — Déjà je peux suivre d'un pas plus alerte la caravane, dont les étapes seront fort courtes pendant quelque temps, à cause des haltes nécessitées par le règlement de nombreux Hongos. L'Almanach de Gotha devrait doubler son format s'il s'avisait de donner la liste des noirs principicules qui se partagent arbitrairement le Gentre de l'Afrique. La plupart de ces SiJtanats n'ont que quelques lieues de tour, et leurs