‹ La vie en Afrique, ou, Trois ans dans l'Afrique centraleChapitre 77 sur 232 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Pendant la nuit, nous avons ou affaire aux Oua-Hés. Une Tingtaino de Rougas-Rougas ont coupé la caravane, blessé deux porteui*s et se sont sauvés avec les ballots de ces derniers. Une pareille attaque n'a rien d*anormaI. Embusqués derrière les taillis ou les hautes herbes qui bordent la route, les bandits guettent le passage des caravanes, cheminant tranquillement à la file indienne, â peine trois ou quatre hommes les voient-ils déboucher. Les autres ne s'aperçoivent de rien et le coup est fait. S'il n'y a pas d'Askaris tout près de là, et en nombre suffisant, inutile de songer à poursuivi*o les pillards, qui sont bien loin avant la première alarme. Ce qu'on a de mieux à faire, la nuit surtout, c'est de ramasser ses blesses et de redoubler de surveillance.

Toutefob, M. Ramaockers a fait poi'ter plainte auprès du Sultan de Pembia, qui se rend au camp, sur son invitation. Inutile de dire qu'on n'a pas découvert les coupables et que nous en avons été pour les frais de déplacement exigés par Tauguste justicier.

Les plus gi'andes précautions «(►nt pris3s pour la défense du camp, car nous craignons une attaque et monterons la garde à toui* de rôle. Cependant la nuit se passe sans nouvelle alerte.

— Discussion et paiement du Ilongo qui n )us arrêtent à Pembia. J'en profite pour pren li*e une vue du village et des gi*ands baobabs, superbement disséminés dans la jdaine, où ils semblent commander une certaine étendue de terrain.

Les Oua-Gogos forment, au centre do l'AtViijue, depuis Mpouapoua jusqu'au lac Tchaïa, une populati(Ui très dense, comptant un nombi*e considérable de pjuplades. Quoique fréquemment en guerre, Oua-Tatourous, Oua-Hés, Oua-Houmbas, Masaïs, etc., etc., ont évidemment une origine commune. Ce sont des tribus pastorales, venues du Nord, et dont la principale richesse consiste en gi^ands troupeaux de bétail de l'espèce zébu. Les travaux agi'icoles regardent les esclaves, traités fort durement. (Un d'eux s'est sauvé et s*est joint subrepticement à notre caravane pour échappei* aux mauvais ti'aitements de son Seigneur). La moitié du temps, on ne remue même pas le sol, d'une fertilité admirable. Ou se contente de jeter à tieurde terre les semailles de sorgho ou de maïs qui prennent à la grâce de Dieu.

Quoique le fer se trouve dans ces parages, les indigènes ignorent ou dédaignent d'en tirer parti. Ils ne fabriquent pas même la houe, l'instrument agraire indispensable, mais en exigent impérieusement des chefs de caravane revenant de l'intérieur, et cela, quelquefois par quantités de 20 ou 30 à la fois.

Ni cultures de tabac, ni chanvre. En revanche, comme nous avons pu en juger depuis Mpouapoua, abondance de coui'ges et autres cucurbitacés d'une grosseur prodigieuse. Outre ces produits, d'une consoDMnation restreinte, nous pûmes nous procurer à fort bon compte la viande de boucherie, le lait et le beurre dont nos hommes se régalèrent pour rattraper le temps perdu du Ramazan.

Quoique n'étant pas Musulmans, les Oua-Gogos ont emprunté à l'Islamisme la précaution hygiénique de la circoncision et l'usage de la polygamie. Ils se marient entre eux, conmie la plupart des peuplades africaines, c'est-à-dire qu'ils choisissent dans le village, même, leur épouse principale ; mais les femmes esclaves, de leurs Tombés, sont pour la plupart conquises sur les tribus environnantes. Point d'épouse, toutefois,* sans preuve de vaillance. Chaque femme est la récompense d'une action d'éclat, telle que le vol de bestiaux, commis au détriment du voisin, ou d'autres prouesses analogues.

L'homme qui pai't en guerre ne se lave qu'au retour et.... dans les urines de son épouse en titre, conservées à cet effet! — Je demande humblement pardon à mes lecteurs, d'entrer dans des détails aussi réalistes, mais lorsque le roman moderne use, sans scrupule, des termes les plus crus et aborde complaisamment les situations les plus scabreuses, il doit être permis aux simples voyageurs qui, eux, n'inventent rien, de se tenir à la hauteur du mouvement.

Les droits de succession se règlent de la même manière que dans rOu-Sagara. Ils se transmettent par ligne féminine. L'héritage retourne à la sœur du défunt ou au flls aîné de cette dernière.

Les Oua-Gogos aiment à parer leurs femmes dont ils se montrent fort jaloux. Elles vont ornées do bracelets de fil de cuivre, enroulé en spirales à leurs poignets et à leurs jambes, et portent des colliers et des ceintures de môme métal. Pour eux, ils se contentent d'une peau de chèvre jetée négligemment sur

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