CHAPITRE IX
pai*ait-il, imités, presque partout, d'animaux carnassiers, et pourraient bien constituer une des traditions de l'anthropophagie . J'ignore si les Oua-Gogos ont été cannibales. Dans tous les cas, ils ne se mangent point en famille, mais enfeiment leurs morts dans le creux des baobabs, pour les soustraire à la voracité des animaux néci*ophages dont ils ont adopté le sinistre hurlement. Non seulement ils ne les enteiTent pas, mais s'opposent énergiquement à ce que les caravanes enfouissent les leurs,
A cotte saison de l'annét^ l'eau est fort rare dans TOu-Gogo. C*est à peine si une forte caravane, comme la nôtre (environ 600 hommes) peut s'en procurer assez pcnir préparer ses repas.
Les indigènes en font un commerce lucratif. Ils creusent des puits étroits et peu profonds auprès desquels ils montent la garde.
Celui qui veut y recourir doit payer le précieux liquide d'une quantité plus ou moins raisonnable de perles, de tabac, de chanvre, de poudi'e à fusil ou de capsules.
Nombi'C de quei'elles ont éclaté à ce sujet entre nos gens et les avides marchands d'eau, querelles toujours terminées par une indemnité accordée au propriétaire du puits.
— Campé le 9 septembre à Kanyényé, pour le règlement de l'inévitable tribut, nous recevons la visite du Sultan, un vieillard maigre, sec et noir comme une momie d'Egypte, et le plus effronté mendiant que nous ayons rencontn'î jusqu'ici. Contrairement aux usages régaliens, il est venu nous trouver dans notre tente, furetant dans les coins, s'intéressant à nos bagages particuliers et quémandant, un à un, sans se laisser déconcerter par nos refus multipliés, le moindre objet laissé à portée de ses regards.
Malgréses instances, il n'obtient qu'un bonnet de coton et une boît« d'allumettes et se retiro content de sa journée. M. Sergere se tient à quatre pour ne pas lui administrer son argument de réserve.
Le lendemain, pendant qu'on se chamaille à propos du Hongo, je prends aux environs plusieurs vues photographiques et M. Ramaeckers, remis de ses fièvres, rapporte de la chassa deux belles pintades dont nous nous régalons à dînor»
— On est enfin tombé d'accord pour 110 dotis de cotonnade, 2 fusils et un baril de poudre, mais nous voilà foi*cés de rester encore jusqu'au lendemain afin de laisser à Tavide Sultan lo temps de s'assurer delà qualité des marchandises. Plusieurs sont renvoyées, sous les plus absurdes prétextes, et remplacées immédiatement.
Dimanche 12 septembre. — Partis à 3 heures 45 du matin, nous nous arrêtons doux lieues plus loin, pour déjeuner, dans un Gambi de Mtoéro, car il s'agira de fournir une Tbikéza supplémentaire. — Nous avons vu, en passant, les ruines du Tembé du propre frère du Sultan de Kanyényé détruit par ce dernier, lors de la guerre engagée entre ces aimables représentants d'une même et auguste famille. Un pou plus loin, dispei'sés sur la route, blanchissent les ossements d'un dos éléphants de Cai'ter, décharnés par les hyènes, les oiseaux de proie et les fourmis. Le colosse a succombé, victime d'un climat plus meurtrier, encore, que celui des jungles indoues. L'Afi^ique a été bien funeste à l'expédition sur laquelle nous basions de si grandes espérances. Ses deux chefs massacrés, leur caravane pillée et détruite, et comme reliquats, quelques sumâvants démoralisés et un éléphant d'un emploi fort hypothétique!
En présence de pertes si souvent répétées, nous sommes tentés d'apostropher, à la façon romaine, ce sol inhospitalier : « Vai'us, rends-nous nos légions ! »
L'eau est ici plus blanche et plus saumàtre que jamais. Cependant nous sommes encore heureux d'en pouvoir remplir nos ghirbachs, ayant à camper la nuit prochaine dans une région ^ complètement aride.
La caravane se remet en route, vers 11 1/2 heures, et la redoutable Tirikéza commence. Une température de 36 degrés centigrades nous rend plus pénible encore l'ascension, en pente raide, d'une haute montagne.
Nous marchons jusqu'à 10 heures du soir. Au signal de la halte, chacun se couche, comme il peut, sur le sol desséché, car il faudra repartir à l'aube, pour trouver de l'eau ! Nous avons la poitrine et la tête en feu. Je sens venir la fièvre à grands pas !