‹ La vie en Afrique, ou, Trois ans dans l'Afrique centraleChapitre 80 sur 232 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

•^ Il est 2 heures 30 de l'après-midi, lorsque nous atteignons Ouséki, où, heui^eusement, cette fois,le paiement du Hongo nous retiendra quelques jours. Nous pouvons enfin, mais avec pi*écaution, étancher l'horrible soif qui nous dévore depuis bientôt 4 heures ! Quelles délices !

Pendant la marche de la matinée, un de nos Askaris a reçu un coup de lance dans le côté droit. On a pu s'emparer de l'auteur de cet attentat qui s3 trouve être un habitant du village. Amené devant le Sultan, il s'est vu condamner à payer un bœuf au blessé. Mais hs frais du jugement restent à notre charge : coût, 4 dotisde cotonnade.

Ouséki est situé dans une région charmante. Depuis la riante vallée de Gondoa, c'est le point le i)lus vraiment pittoresque que nous ayons rencontré. La i)laino, légèrement ondulée et d'une végétation plantui*euse, se hérisse à dislance do grands rochers à pic, sortant de terre et affectant les formes les plus variées, près desquels les habitants ont construit leurs Tembés.

J'ai succédé, comme photographe amateur, à M. De Meuse, et certes le pays m'offnrait ample matière à exercer mes talents. Mais l'homme propose.... La fièvre prévue, et cent fois maudite, me retient sous ma tente pendant les trois jours que nous passons dans ces lieux enchanteurs, maussades et cruels pour moi seul.

Vendredi il septembre. — Départ à 0 heures 10 du matin, etamvée à Konko, vers 8 heures et demie. Nous campons sous un immense sycomore dont le feuillage touffu abrite nos tentes.

Le camp de l'expédition allemande profite de l'ombrage d'un autre géant végétal, voisin et frère du nôtre.

— Une agréable surprise nous attendait. Notre compatriote Biu^o est ici. Il retourne en Europe, une périostéite à la jambe lui rendant impossible un plus long séjour dans ce clhnat brûlant. Je vous laisse à penser l'effusion qui préside à notre rencontre. Que de choses à nous raconter, que de nouvelles à échanger surtout, mais par malheur peu rassurantes ! M. Burdo se ti'ouvait avec Roger à Kisinndé, en marche vers Karéma, lorsque leurs porteurs les abandonnèrent lâchement à la nouvelle

du massacre des deux Européens. Restés seuls, avec un bagage bien fait pour tenter la cupidité des indigènes, ils commençaient à trouver la position singulièrement critique, lorsque le capitaine Popelin, parti de Karéma pour so porter au secours de leur caravane, les rejoignit.

Les communications étant coupées, sur les derrières, par Mirambo, M. Popelin dut engager de nouveaux porteurs pour faire rebrousser chemin à la caravane et la reconduire en sûreté àTabora.

M. Burdo nous apprend que Mirambo est en ce moment rentré cliez lui, que MM. Popelin, Roger et le docteur Van den Heuvel se trouvent à Tabora et que les deux premiers organisent une caravane pour se ren Ire à N vangoué.

D'un autre côte la situation se corse. Le village de Mouniè s'arme contre celui de Mdabourou, que M. Burdo a quitté ce matin. Notre compatriote aurait été certainement pillé s'il n3 disposait pas d'une si nombreuse escorte. Il est probable, aussi, que le voisinage de notre grande caravane a empêché les indigènes, d'ordinaire moins scrupuleux, de le traiter rudement, ils sj sont contentés d'exiger de lui un Hongo considérable, en dehors de tous les usages reçus. Mdabom*ou est une forte agglomération de tembés située sur le confin de TOu-Gogo, et ses habitants l'emportent en audace et en cupidité sur toutes les tri-)us de cette pillarde région. Dernièrement encore' ils ont attaqué, dévalisé et détruit une caravane chargée d'ivoire, envoyée à la cote par Mounié Mtoina, l'ancien homme libre de la Mrima, protecteur des Européens et ami particulier du Saïd Bargash. Or, c'est chez ce brave Chef, devenu Sultan, que nous devons attendre le renfort annoncé par M. Greffulhe.

Le village de Mounié Mtoina n'est situé qu'à 6 ou 7 lieues, à l'Ouest de Mdabourou. La vaillance bien connue de notre allié, les forces dont il dispose, ses rapports suivis avec le Saïd de Zanzibar n'ont pu refréner l'insatiable cupidité de ses voisins. M. Burdo a pu voir un grand nombre de têtes humaines, plantées sur de longues perches, en dehors des murs du Kouikourou de Mdabourou. Ces têtes sont celles des hommes de Mounié Mtoina tombés au pouvoir de l'exécrable engeance. Gomme on le voit, le tableau n'est pas gai et il vient redoubler nos appréhensions. Quel noir guêpier que cette Afrique, toujours en

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