‹ La vie en Afrique, ou, Trois ans dans l'Afrique centraleChapitre 8 sur 232 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Nos bagages personnels dont j'ai assumé la surveillance, sont arrivés à quai sur une chaloupe zanzibarite. Il s'agit de les faire transporter à destination, mais c'est un service plus facile à ordonner qu'à accomplir. En effet, je n'ai pas plus tôt mis pied à terre, qu'une nuée de portefaix indigènes vient s'emparer de nos colis. Non seulement, dans mon ignorance du dialecte, je ne sais auquel entendre, mais j'ignore le moyen de leur faire lâcher prise. Ils semblent fermement résolus à m'imposer leurs services immédiats, alors qu'il me faut guetter l'arrivée d'un agent de la « Compagnie Sewa-Sergèy^e > fondée pour les transports de marchandises à l'intérieur. Je leur parle français, anglais, allemand. Ils ne s'entêtent que mieux. Do guerre lasse, j'essaie du néerlandais. TFaeA^ t/?«^/ (attendez un peu) m'écriai-je, avec impatience, en ponctuant mes paroles d'une pantomime à l'avenant. 0 surprise! Tous s'arrêtent et déposent leur fardeau, auprès duquel ils s'asseyent philosophiquement. J'ai su depuis que dans la langue du pays le mot Watchia signifie : « Ne touche pas à cette chose >. Mon Wacht wat aura sonné à leui's oreilles comme du pur KUSouahiW

Fort émerveillé de mes débuts linguistiques, je n'en aurais guère été plus avancé, pourtant, si l'arrivée de M. Sergère en personne, n'était venu me tirer de peine.

— Ici, il convient, peut-être, de toucher quelques mots de la compagnie Sewa-Sergère, mentionnée plus haut, et dont l'associé européen a pris à cœur de nous offrir ses compliments de bienvenue.

Pour former une caravane, explorateurs et marchands ont recours à des agences, ordinairement tenues par des Hindis, émigrés, à Zanzibar, comme leur nom l'indique, de la péninsule indoustane. Ces Hindis, sur lesquels j'aurai occasion de revenir, font guetter l'arrivée, à la côte, des porteurs venus du fond de rOu-Nyamouézi (province où se trouve Tabora, résidence du docteur Van den Heuvel), et les engagent provisoirement. Dès ce moment, les Oua-Pagazis (1), logés et nourris aux frais de

(1) En langage Ki-Souahili, la préfixe Oua est la marque du pluriel, comme la préfixe M /prononcée Oum), celle du siuguller. Exemples : M^Pagazi^ le, ou un porteur.. Oua'Pagagis, les, ou des porteurs.

l'entrepreneur de caravanes, sont à sa complète dévotion. L'Hindi apprend-il qu'un Européen ou un Arabe a besoin d'hommes, pour exploration ou poui- raison de commerce, il lâche de s'aboucher avec lui et lui procure des porteurs à des conditions à débattre.

Pour le transport jusqu'à Tabora, le prix varie, en ce moment, de 20 à 25 dollars par tête, la nourriture restant à charge du

voyageur, L'Hindi prélève sur cette somme les avances faites par lui et une commission plus ou moins iisiiraire. Soldé en argent, il paie ses Oua-Pagazis en étoffes, en perles, en fil do laiton, ou eu toute auti'e marchandise, aj'ant cours dans l'intérieur de l'Afrique, car de numéraire il n'en peut être question pour eux. Un Rothschild, muni de tout .son or, mourrait de faim dans ces régions primitives, où les coffres-forts les mieux garnis ne seraient rien h côté de la balle d'un vulgaire colporteur. Le voyage terminé, les porteure vont recevoir & Zanzibar

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