‹ La vie en Afrique, ou, Trois ans dans l'Afrique centraleChapitre 9 sur 232 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

leur pacotille particulière et s'en retournent chez eux, Tèchanger contre des esclaves ou du bétail, à moins qu'ils ne préfèrent augmenter leur avoir en se réengageant immédiatement.

Sewa, riche Hindi musulman, bien en cour auprès du Saïd Bargash, faisait ce métier depuis de longues années, lorsque M. Sergère,un Français de Marseille, attiré vers Tabora par le commerce de l'ivoire, s'associa avec lui.

— M. Sergère est un homme d'un commerce agréable, comme la plupart de ses compatriotes. Il nous accueille à merveille et nous invite à descendre chez M. Groffulhe, autre négociant français, agent particulier de l'Association Internationale Africaine. Fixé à Zanzibar depuis longtemps, M. Greffulhe y représente la maison Roux et de Fraissinet de Marseille, qui fait dans ces parages un trafic considérable.

De l'intérieur de l'Afrique, elle tire les peaux, les arachides, les copals, etc., et y importe les produits européens, tels qu'objets de quincaillerie, assiettes, verres, faïences, vins, liqueurs, bougies, clous, fils de fer et de cuivre, etc. M. Greffulhe habite une maison, fort bien montée, d'architecture arabe, mais à laquelle il a fait apporter certaines modifications et d'oii on jouit d'une vue étendue sur la rade. Les anciennes DirecAa^, ou baies de la façade, ont été remplacées par un large balcon. C'est là, qu'avec une cordiale hospitalité, il nous installe, en nous priant de considérer sa table comme la nôtre. Deux pièces spacieuses nous ont été réservées, au second et au dernier étage et, dès le lendemain, par les soins de M. Sergère, nos nombreux colis, ainsi que le bateau à vapeur — démontable en sept sections et destiné à la navigation du Tanganika — se trouvent remisés dans les vastes magasins, occupant tout le rez-de-chaussée du bâtiment.

Sur un banc, placé près de la porte d'entrée, — comme d'ailleurs au seuil de toute habitation européene, — deux domestiques nègres, portant le fez, le turban, la veste brodée, la chemise blanche et les sandales arabes, veillent, en permanence, armés d'une canne de dandy. Ils sont chargés de transmettre les ordres du maître et de recevoir les visiteurs. A notre approche, ils se tiennent respectueusement en position.

— On se lève, à Zanzibar, avec le soleil. A six heures du matin,

nous sommes sur pied. Pressés de travaux, dous avalons à la hâte une croûte de pain avec une tasse do thé ou de café, qui nous conduisent jusqu'au déjeuner, à la fourchette, de 10 heures. Le dîner rassemble, vers 6 ou 7 heures du soir, la famille Greffulhe et ses hôtes temporaires, ces derniers enchantés d'avoir rompu avec la piètre cuisine de YAssyria. Hélas! qui sait si nous ne la regretterons pas au cours de notre prochain voyage ? Les relations, publiées par les explorateurs qui nous ont précédés, ne sont guères rassurantes à cet égard !

Devant une table plantureusement garnie de tout ce que l'Europe, rOrient et l'Afrique ont dû plus délicat, notre gaîté, longtemps assombrie, se réveille. L'homme est un animal faible et gourmand, pour lequel la bonne ou la mauvaise humeur n'est souvent qu'une question d'estomac.

Viandes de boucherie fraîches, ou en boîtes, poissons et coquillages, volailles, charcuterie do luxe, légumes de tous pays, y compris des choux de Bruxelles, objets d'une véritable ovation de notre part, oranges, mangues, bananes, Halouas ou confitures arabes, sont arrosés, modérément, de vin de premier choix. Il est vrai que la boutelle de quinme, trônant sinistrement au milieu des épices, des pickles et des sauces anglaises, nous rappelle à la tempérance dans ce pays de la fièvre et de la dyssenterie. Mais bah! Carpe diem\ La chère est exquise, la compagnie pleine de cordialité et d'entrain. Et, le mal venu, il sera toujours temps de s'en inquiéter.

— A moms de nécessité absolue, on ne sort guère, ici, pendant les chaleurs du jour. Mais vere quatre heures, lorsque l'atmosphère est quelque peu raffraîchie par les brises marines, toute la colonie européenne, composée d'une cinquantaine de résidents, fait, soit à pied, soit à cheval, une promenade hygiénique aux environs. On y trouve un Laivn Tennis anglais, et, à l'usage des cavaliers, un jeu de Polo, divertissement équestre, par parenthèse, assez dangereux pour les montures.

Des limonadiers nègres circulent entre les groupes, offrant des raffraichissements peu coûteux et généralement excellents. Le lait de coco glacé, entre autres, est véritablement exquis.

Le soir nous faisons des visites ou nous en recevons. Parmi les familles dont nous avons ébauché la connaissance, je citerai particuhèrement celle du docteur John Kirk, consul britannique

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