CHAPITRE IX
tenu*. M> Ramaeckers connait bien le cœur de Thommo, qui est le même partout, dans nos cités populeus3s comm3 dans ces quasi solitudes. Il sait qu*avant de punir il faut S3 faire aimsr, et que l'indulgence est la sœur aînée de la justice.
— A p3ine avons-nous levé le camp, que nous rencontrons un courrier envoyé par Mounié Mtoina. Notre allié nous mande d'interrompre provisoirement la marche jusqu'à ce qu'il se soit emparé de Mdabourou, contre lequel il se porte avec des forces imposantes. S'il croit pouvoir répondre de S3S soldats, il n'a qu'une influence relative sur ses alliés Oua-Tatourous, Oua- Roris, Oua-Hés, etc., adonnés, en temps de guerre, à la plus grande licence. Il est presque certain que leui*s mauvais instincts, déchaînés par l'odeur de la poudre, les pousseraient à piller notre caravane, et à faire pis encore, pour supprimer les témoins de leur attentat. Dans tous les cas, ce serait folie que de nous aventurer sur le terrain des hostilités, avant le résultat de la campagne, et il ne se soucie point d'être accusé de complicité, dans des larcins probables, dus à des convoitises imprudemment provoquées.
La lettre de Mounié Mtoina nous fait retourner immédiatoàKonko, où nous aurons à tenir conseil. LoGhaouri s'assemble et non seulement les Chefs blancs mais Saïd bin Nasr, le Kirongozi, les Akidas et les Béloutchis de la caravane, prennent part aux délibérations. Ce que nous avons de mieux à faire, c'est de suivre les sages avis de notre protecteur. Nous rendre à Mdabourou, ce serait renouveler la déploi-able aventure de Carter et de Gadenhead. Le Sultan de ce nid de voleurs ne nous laisserait certainement pas partir, et nous partagerions le malheureux sort de sa tribu.
Depuis trois ou quatre jours, le pays est à feu et à sang et il est probable que le dénouement approche. Distants de quatre lieues à peine du village attaqué, nous voyous le reflet des incendies colorer les ombres nocturnes, et ceux qui ont l'oreille fine, perçoivent, en se couchant sur le sol, le lointain crépitement de la fusillade.
— Par trois fois, nous avons envové à Mounié Mtoina un comTÎer porteur d'un message, lui demandant conseil. Ils sont
tous revenus sans avoir pu forcer las lignes des belligérants. Hier soir, encore, 23 septembre, une escouade de 20 hommes, sous la conduite d'un Arabe, est partie bien armée et largement approvisionnée de munitions. Mal conduite, elle a donné en plein sur un gros de Oua-Gogos, campé, contre les usages de ces peuplades, devant le tembé même du Sultan. Menacés d'être écrasés par le nombre, nos Askaris se sont repliés, non sans tirer toutes leurs cartouches pour tenir l'ennemi en respect. Ils sont rentrés pendant la nuit au camp, par petits groupes. Cinq d'entre eux manquent encore à l'appel.
Mdabourou, d'après ce que rapportent nos hommes, sera infailliblement détruit. Tous les tembés, sauf celui du Chef, sont déjà au pouvoir de Mounié Mtoina et de ses alliés. La mère, la femme et le fils du Sultan ont été tués et un grand nombre d'hommes, faits prisonniers, deviendi*ont le partage des vainqueurs.
Il est à craindre que la répartition de ces esclaves et des butins éventuels ne donne lieu à des conflits, voire à de nouvelles guerres qui nous créent de sérieux embarras. Le Chef d'Hékoungou, paraît-il, se plaint déjà de la partialité qui aurait présidé à la distribution des dépouilles opunes. Que sortira-t-il de tout C3la? Rien de bon pom» les malheureux voyageurs forcés de traverser les Etats de ces frères ennemis.
Notre situation précaire, envisagée en face, ne nous inquiète point, cependant, à un point excessif. Nous commençons à nous blaser sur les émotions. A rester toujours sur le qui-vive, on perd le sentiment du danger, ou plutôt le cœur se bronze et sd sent entraîné vers l'action. Evidemment, nous avons pris toutes les mesures que commande la prudence; nous nous faisons renseigner minutieusement sur tous les mouvements de l'ennemi, car, inutile de dire, n'est-ce pas, que nous avons théoriquement pris parti contre les bandits de Mdabourou ? La nuit, nous montons nous-mêmes la garde. Mais la gaîté, qui ne perd jamais ses droits, est revenue hanter notre petite colonie, bien autrement sensible aux ennuis de la route, aux attaques de la fièvre et aux tortures de la soif. La perspective d'un engagemsnt n a rien qui nous effraie. On lutte contre des hommes, on fuit devant la maladie. Celle-ci nous a quittés, effrayée probablement par le bruit de la fusillade. Mais, ne diminuons point les méritas du Silfate d^ quinine qui m'a bien aussi un peu tiré d'affaire.