CHAPITRE X
Frère et sœur de sang. — Échange de bons procëdés. — Coatume de Cour. — Séltka et ses demoiselles dlionneur. — Curiosités indiscrètes. — Le petit ▼erre de l'amitié. — Bonne situation pour une station européenne. — Nafaka Baroiiti : Je veux de la poudre ! — Le jour et la nuit. — Chasse aux porteurs. — Du comique au tragique. — Les nécrophages. — Mangé vivant par les hyènes. ~ Nouvelle lettre de Mounié Mtoina. — M. Ramaeckers se rend sur le théâtre de la guerre. — Sa lettre à l'Association. — Le Kouïkourou du Sultan de Mdabourou. — Entre Tenclume et le marteau. — Victoire! — Prestige rétabli. — La route est libre. — Adieux à nos aimables hôtesses. — Les dépouilles des vaincus, r- District de Mdabourou. — Tambours de guerre. — Cendres et ruines. — Vœ Victis, — Des amis sont proches. — Cauchemars.
Jusqu'à ce moment, dans tout TOu-Gogo, nous n'avons eu guères qu'à lutter contre des sentiments d'hostilité et de cupidité sans vergogne. Ici, par un hasard heureux, nous sommes dans les meilleurs termes avec les autorités, comme avec la population.
M. Sergère qui, en fait de diplomatie, rendrait décidément des points à Machiavel, a eu l'excellente inspiration de demander à être le frère d'adoption de la Sultane, car c'est une Sultane, flanquée d'un Prince-Consort, qui règne sur Konko, oii la loi salique n'a pas encore pénétré.
M. Sergère et la Sultane sont donc amis jurés, et en tout bien tout honneur, je me plais à le croire. En fait, la sympathie qu'ils professent l'un pour l'autre, rejaillit sur nous tous, ce dont nous avons grandement lieu de nous féliciter.
Il ne se passe pas de jour que la Princesse ne nous rende visite et c'est alors à qui lui fera lo plus de politesses. Elle est bien loin de montrer la choquante avidité qui caractérise les autres nègres de TOu-Gogo. Jamais elle ne nous a demandé quoi que ce fut. Mais la galanterie exige que nous lui fassions quelques petits présents, acceptés avec gentillesse, mais sans empressement de mauvais goût. C'est généralement un peu de tabac à priser ou à fumer, du Kohol pour les yeux ou quelque autre bagatelle, sans prix dans ces parages. Elle ne demeure
pas en reste avec nous, et ce sont des choses d'un mérite plus solide qu'elle nous envoie, en retour, avec une générosité inépuisable : œufs, lait, beurre, farine de sorgho, etc. Si tious la piquions un peu au jeu, il y aurait moyen de vivre ici sans bourse, ou plutôt sans ballot délier.
Notre Royale amie est une négresse entre deux âges, et qu'on pourrait ranger dans la catégorie des femmes dont on dit qu'elles ont de beaux restes. Les traits réguliers du visage ont été un peu grossis par la petite vérole, qui s'est d'ailleurs montrée assez clémente à son égard. Son costume est simple, mais élégant. Il se compose d'une paire do pendants d'oreilles, d'un collier de plusieurs rangs de perles, d'un grand bracelet, comptant au moins vingt tours de fil de cuivre, et de bracelets de même métal, enroulés autour des chevilles. J'oubliais un carré d'étofie noué à la ceinture et retombant jusqu'au genou.
Ce luxe de draperie n'est pas de rigueur pour les femmes de Konko. Ainsi, les jeunes filles ne s'en soucient guère. Elles se contentent d'une ceinture de perles rouges à laquelle est fixée, par devant, une bande d'étofie de 20 centimètres de largeur, tombant jusqu'aux genoux, et, par derrière, d'une autre bande étroite s'arrêtant un peu au-dessus. La marche, le mouvement, le zéphyr indiscret fait brimbaler tout cela sans qu'on y entende malice.
Je me suis servi tantôt du terme de pendants d'oreilles. C'est une erreur. Le disque de bois reparaît ici, accompagné d'une série de petits bâtonnets de bois blanc, coupés à ras, et garnissant les trous plus étroits dont sont percés les rebords circulaires de la conque, comme chez les femmes de quelquesuns do nos Africains.
LesOua-Gogos y portent également des objets joignant l'utilité pratique aux avantages fi'ivoles de la parure : tabatières, boîtes à médicaments, etc. J'ai décrit récemment leur costume, leur maquillage éclatant, leurs cheveux graissés, roulés en mèches, prolongées au moyen de cordelettes, ici uniformément noires. Ils portent presque constamment deux ou trois lances, dont ils se servent en guise de javelot, ou une poignée de grandes flèches destinées au même usage. Leur caractère varie suivant les localités. Féroces à Kanyényé, où ils frappaient et blessaient les hommes qui avaient l'imprudence de s'écarter du bivouac, ils sont ici à peu près sociables. Mais les égards qu'ils