‹ La vie en Afrique, ou, Trois ans dans l'Afrique centraleChapitre 85 sur 232 · CH.\PITRE X · texte numérisé non relu

CH.\PITRE X

Cette scène désopilante se renouTelle tous les soirs. Peu après, le silence s'établit. Les hommes s'endorment, et nous n'avons plus pour nous distraire, pendant nos heures deganle. que le cri agaçant des hyènes et parfois l'incendie d'un cambi, dont I'^ktcupant déménage précipitanunent. l'ëpiderme plus ou moins roussi.

A la comédie succède d'ailleurs la tragédie. Dernièrement un Pagazi est mort de la dysenterie. Ce malheureux appartenait à une petite caravane qui s'était jointe à la nôtre. Or. comme j'ai eu l'occasion de le dire, il n'est pas permis d'enteri-er les étrangers dans l'Ou-Gogo. Qui plus est, un décès, s'il est connu, donne lieu aux plus grands ennuis et à des tributs fort élevés. Que faire, sinon laisser dévorer le cadavre par les hyènes? Lorsque le camp tout entier fut livré au sommeil, on porta le corps, attaché à une perche et convoyé par quelques-uns de ses anciens camarades, sous un baobab, situé à quelques centaines de mètres. Au bout d'une couple d'heures, n'entendant aucun cri d'hvène en frairie, nous allâmes voir si le cadavre était encore intact. La lune, alors dans son plein, nous permit de distinguer parfaitement tous les détails «l'une scène répugnante. Quatrehyènes, grondant furieusement, s'acharnaient sur la triste dépouille et ne l'aban^lunnèrent que lorsque nous fûmes tout près, en entendant jouer les batteries de nos fusils. Le corps était dans un état hideux, les intestins fouillés et dévorés, les tibias à nu, un pied enlevé, un bras et une partie de la face complètement rongés ! Nous nous mimes à raffiil à quelque distance. Au bout de peu d'instants, une hyène revint, saisit le corps par un bras, le jeta sur son dos et détala le plus promptement possible, ployant sous l'horrible faix. Un coup de feu partit, suivi de plusieurs autres. Blessé à Tarrière-train, l'animal dut lâcher sa proie. Mais les hyènes étaient tellement voraces et alléchées par les prémices du festin inattendu, que malgré les coups de fusil elles revenaient à fond de train pour en ressaisir les restes. Nous quittâmes d'ailleurs bientôt la place. A quoi bon interrompre leur funèbre besogne ? Le cadavre n'était-il point déposé là à leur intention?

Le lendemain matin, nous ne retrouvâmes aucune trace du drame de la nuit. Le jour suivant co fut le tour d'un autre porteur.

Abandonné par une caravane qui nous avait précéilés. Tin-

fortuné était resté couché, réduit à l'état de squelette, au milieu du camp. Nous lui donnions à manger par çharilt'. Un jour oui l'oublia. Le lendemain il était mort, mab les hyènes ne durent ^ pas faii'e ripaille.

Ce n'est rien encore. Du moins ces pauvres diables avaient passé de vie à trépas avant de servir do proie à de féroces et j lâches animaux. Noua avons eu une gradation dans l'hon-ible. Un de nos Akidas, pris d'un accès de âèvre chaude, avait quitta 1 le camp. Son cambi étant établi sur la lisière, il n'avait point au J de peine à tromper la vigilance peu active de ses ganles-maladoa. ,< Epuisé par la typhoïde, il n'a pu aller bien loin et est tombé siu^v la natte qu'il avait emportée, on no sait dans tpiel but.

Les hyènes l'ont dévoré tout vivant, et c'est k grand'peîn qu'au levâr du Soleil on a retrouvé quelques vestiges humaiqSjl permettant de reconstituer l'effroyable scène accomplie à qud ques pas de nos tentes.

Ne diraitH3n pas un conte lugubre, enfanté par la sombre imagination d'un Hoffmann, d'un Edgard Poô ou d'un JuIobI Verne ? Et cependant, je ne consigne ici que l'exacte vérité, supprimant même des détails par trop terrifiants,

L'Afrique est une rude école et, pour se familiariser arec s mystères, il faut avoir, comme dit Horace, le cœur bardé d'u triple airain.

— Enlretemps nous continuons à expédier coun-iiM" sur coui rier à Mounié Mtoina, pour lui demander des nouvelles doj hostihiés. Aucun d'eux ne lui parvient. Enfin, le ?6 septembre il nous envoie quelques hommes pour inviter ley Eunipé* venir, en personne, reconnaître la route. La position Mdabourou est représentée par lui comme très ci-ilique. firme la destruction de tous les tembés, sauf celui du Sulta ennemi, et la mort de la mère de ce dernier, de sa femme et 4 son fils.

M. de Leu et moi, avons été repris par la fièvre. M, Ramaai kers, répondant immédiatement au conseil de Mounié Mtoinajl s'est rendu seul sur le théâtre de la guerre avec deux membi-ei de l'expédition allemande et une centame de 9>ldats do l'e corte.

Laissons à notre digne chef le soin de rapporlci- lui dans une lettre envoyée au Comité bruxellois de l'Association Africaine, tous les détails de sa 'scabreuse expédition :

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