‹ La vie en Afrique, ou, Trois ans dans l'Afrique centraleChapitre 86 sur 232 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

« Je n*hésitai pas à me mettre en route, le lendemain du jour où j'avais reçu les émissaires de Mounié Mtoina. Laissant au camp MM. de Leu et Becker, tous deux fort souffrants de la fièvre et hors d'état de supporter les fatigues d'une semblable expédition, j'emmenai une centaine de mes Askaris, tous armés de fusils et bien pourvus de munitions de guerre. Le baron Schôler et M, Reichard, de l'expédition allemande, se joignirent à moi avec une dizaine de leurs hommes.

« Un guide nous conduisit à Mdabourou par des chemins détournés et, après 7 heures d'une marche très fatigante, nous atteignîmes le village. Notre troupe était suivie d'un nombre considérable de Oua-Gogos qui, nous voyant partir, avaient saisi cette occasion pour aller rejoindre Mounié Mtoina.

« A peine arrivés, ou nous indiqua comme logement un tombé en ruines, ouvert sur trois faces, et nous reçûmes presque immédiatement la visite du fils de Mounié Mtoina, représentant son père sur le théâtre des opérations. Go jeune homme nous avoua ingénument que la situation était loin d'ôtro aussi boUe qu'on nous l'avait rapporté. A vrai dire, presque tous les tombés, à l'exception de deux, étaient en son pouvoir, mais ces tombés^ peu importants, s'étaient vus abandonnés presque sans latte. Toute la défense s'était concentrée dans le Kouïkourou,

vaste construction en bois et en torchis, de plus de 200 mètres de façade, habitée par le Sultan et ses soldats.

« Un tombé voisin, beaucoup plus petit, tenait encore. Les hommes de Mounié Mtoina manquaient absolument de poudre, lis en avaient demandé à leui*s alliés et comptaient en recevoir le jour môme. Enfin, la veille ils avaient été battus et repousses.

< Tel était le bilan de leur situation.

« Je ne lui cachai pas ma surprise et mes cramtes au sujet di» Tissue de la guerre. Mais, alors, il s'empressa d'ajouter naïvement qu'il avait compté sur moi pour enlever le Kouïkoui'ou. Je lui répondis que nous n'étions venus, sur Tinvitation de son père, que pour reconnaître la route et non pour nous battre : que d'ailleurs nous étions décidés à ne rien entreprendre avant d'avoir vu son pèi*e ou correspondu avec celui-ci.

« Je fis écrire sui»-le-champ à Mounié Mtoina pour lui exposer le cas et je promis à son fils d'aller le voir, le lendemain, à l'aube.

« Nous étions arrivés tard et cette visite nous avait conduits aux dernières heures du jour. Je sortis pour reconnaître la position et fus très étonné de constater qu'on nous avait mis en première ligne, à 600 mètres du Kouïkourou, tandis que les soldats d3 Mounié Mtoina s'étaient établis à plus d'un kilomètre au delà. Je pris immédiatement toutes les mesures de prudence que la situation commandait et nous attendîmes la nuit. Entretemps nos soldats, en allant chercher de l'eau, avaient essuyé une légère escarmouche des gens du petit tembé. Notre arrivée, d'ailleurs,produisait la plus grande impression car, ainsi que je Tai dit, notre troupe était suivie d'une quantité considérable de Oua-Gogos, venant faire, à bon marché, preuve de dévouement.-

« Le résultat de cette alerte fut que, pendant la nuit, les gens du petit tembé l'abandonnèrent, en y mettant le feu, pour se réfugier dans le Kouïkourou. Le lendemain, au point du jour, j'allais, suivant ma promesse, me rendre chez le fils de Mounié Mtoina, lorsque je le vis arriver, suivi d'au moins 500 hommes. Il me déclara que craignant, de me voir partir, il était accouru en force pour s'opposer à toute retraite. Le baron Scholer survint, sur ces entrefaites. Je lui exposai la situation, qui me paraissait ne pouvoir se dénouer sans combat : c Ou bien il faudrait se frayer un passage à travers les troupes de Mounié Mtoina, lui dis-je, ou bien nous rendre à leurs désirs et chercher à nous emparer du Kouïkourou. Dans le premier cas, nous nous aliénons l'amitié d'un chef toujours bienveillant pour les caravanes européennes et nous créons, de plus, d'énormes difficultés à notre passage futur, en nous mettant sur les bras deux ennemis pour un. Dans le second, nous renversons uû Sultan qui, à vrai dire, ne nous a aucunement provoqués, mais dont l'orgueil, la haine et l'avidité nous sont connus suffisamnient. Ce jeune monarque, infatué de sa réelle puissance, s'est peirmiSt en effet, de rançonner indignement les caravanes qui nous onl' précédés. > Le baron Scholer, comme moi, fut d'avis que le cboix: n'était pas jdouteux. Mais il se refusa de rien entreprendre, avant d'avoir déjeuné. Cette réserve était tellement natureUé que je m'y rendis immédiatement et, à la grande déception du fils de Mounié Mtoina et de ses chefs, qui n'y comprenaient rien, nous rentrâmes tous dans notre tembé pour y prendre notre collation.

« Bientôt après, nous revînmes auprès de nos alliés de ren-

iDcuin de £, Bkoisruin.)

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