‹ La vie en Afrique, ou, Trois ans dans l'Afrique centraleChapitre 87 sur 232 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

contre et nous déclarâmes que nous étions prêts à attaquer, pourvu qu'ils en fissent autant.

« Les braves Oua-Gogos se déployèrent à un bon kilomètre du tombé, en brandissant leurs arcs et leurs flèches et gardé* rent prudemment cette position pendant toute la dui*ée du combat. Mes Âskaris, au contraire, se précipitèrent d'emblée à 140 pas du Kouïkourou, abrités autant que possible derrière les baobabs. On ouvrit le feu. Le tombé était très bien défendu, approvisionné d* armes et de munitions et répondait coup pour coup à toutes les attaques. On entendait distinctement au sifflement des balles qu'il devait s'y trouver quelques fusils rayés.

« Vers midi, le feu cessa des deux côtés et nos soldats allèrent se reposer pour recommencer, vers quatre heures de l'aprèsdîner. J'avais, entretemps, fait dire à notre allié d'occuper en force tous les points oii il se trouvait de l'eau, me réservant de garder, moi-môme, la partie la plus voisine du Kouïkoui'ou. Car il faut vous dire que les savants guerriei*s qui réclamaient mon aide, se retiraient tous les soirs à beaucoup plus d'un kilomètre du point attaqué et laissaient ainsi toute liberté aux assiégés de venir abreuver leurs grands troupeaux et de s'approvisionner d'eau potable. Effectivement, le même soir, les gens de Mdabourou voulm*ent faire sortir leur bétail, mais j'avais installé tous mes postes et on leur tua trois hommes. Ils durent se retirer sans prendre de l'eau.

« Cependant, j'avais changé de tembé et j'étais venu m'établir un peu plus près du Kouïkourou royal. La nuit, vers deux heures du matin, mes avant-postes se replièrent et vinrent me prévenir qu'une animation extraordinaire régnait dans la forteresse. Je crus à une sortie qui tenterait de nous déloger et, connaissant le caractère de mes hommes, je compris que si j'attendais moi-même d'être attaqué, ilsne tiendraient pas. La Lune brillait encore au ciel.

« Je donnai immédiatement l'ordre de prendre l'offensive, me fiant à l'influence morale que possède toujours l'assaillant. Cette attaque réussit au delà de mes espérances. Vers trois heures du matin, nous étions maitres du tembé, qui flambait aux quatre coins. Le Sultan s'était enfui pendant la nuit.

« Nous rassemblâmes aussitôt que possible nos soldats et nous reprimes le chemin de Konko, oii nous arrivâmes à minuit et quart.

« Le bruit de notre victoire nous y avait précédés et fort à propos, car les gens d'Ou-Séké, me sachant en route avec la plus grande partie de mes soldats, méditaient d'attaquer notre campement. Le prompt succès de nos armes les dégoûta de rien tenter contre nous. Leur terreur fut même si grande, qu'ils allèrent jusqu'à chasser le Sultan de Mdabourou qui s'était réfugié chez eux.

« Le jeudi 30, j'accordai un jour de repos à mes soldats. J'en avais moi-même grand besoin, car deux nuits passées au bivouac, sans autre objet de campement que nos couvertures, m'avaient donné un asse? fort accès de fièvre.

« Maintenant que vous savez les péripéties de la bataille de Mdabourou, permettez-moi d'ajouter quelques observations.

« Bien que l'Association nous ait prescrit d'observer une stricte neutralité dans les querelles des souverains indigènes, je ne crois pas avoir outrepassé mon mandat en évitant, pour la 3® expédition belge, le triste sort des Carter et des Cadenhead.

« 11 me fallait absolument prendre un parti énergique et je crois que j'ai choisi le meilleur.

« Si j'avais refusé de combattre un Sultan hostile aux Européens, je me serais infailliblement atth'é l'inimitié d'un chef qui, au contraire, les favorise et les protège. Et de tous les côtés, la retraite nous eût été coupée. Vous le voyez, je n'ai agi que contraint et forcé. L'abstention, que dis-je, l'hésitation aurait été plus qu'une fauie. Elle nous eût été reprochée comme un acte de folie et de criminelle imprévoyance.

« Notre succès, si complet et si foudroyant, relève d'ailleurs singulièrement ici le prestige européen, compromis par des revers immérités et de nobles scrupules, représentés comme dictés par la seule faiblesse de nos armes et la lâcheté de nos chefs.

* D'un autre côté, résultat doublement précieux, l'un des Hongos les plus élevés et les plus arbitraires de l'Ou-Gogo, vient de disparaître. C'est là un commencement de légitime répression qui donnera à réfléchir aux autres Sultans pillards, enhardis par une incroyable longanimité.

« Enfin, pour ce qui nous concerne particulièrement, cette victoire a exalté le moral des soldats de l'escorte, au point que je crois pouvoir les conduire désormais où je voudrais. Ces

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