‹ La vie en Afrique, ou, Trois ans dans l'Afrique centraleChapitre 88 sur 232 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

hommes sont aussi capables d'héroïsme que d'intimidation. Aujourd'hui ils inclinent vers l'héroïsme et à l'heure, peut-être proche encore, du danger, je saurai en profiter. »

— Pendant que nos Askaris se reposent sur leurs lauriers et font bombance, grâce au bétail que leur ont abandonné les vainqueurs, nous adi*essons nos adieux à la bonne Sélika et à son noir escadron de demoiselles d'honneur.

La Sultane, rassurée par le récit des exploits de notre Chef, voudrait nous garder toujours sur son territoire, pour le défendre contre les incursions des Sultans voisins. Elle nous comble de provisions pour la route, et nous fait prometti'e de repasser par son village à la première occasion. Nous la quittons fort satisfaite des étoffes et des babioles en clinquant que nous lui avons solennellement offertes, conune étant des trésors d'un prix inestimable. Enfin, nouspi*enons définitivement congé, accompagnés de regrets unanimes.

— Partis de Konko à 4 heures. Il en est cinq lorsque nous enti'ons dans le vaste fourré qui s' étend jusqu'au village incendié de Mdabourou. Chemin faisant, nous rencontrons des groupes nombreux de Oua-Gogos, alliés de Mounié Mtoina, chargés de butin, de céréales, et poussant devant eux des troupeaux de bétail, conquis sur l'ennemi.

Enfin, au sortir des taillis d'acacias, d'épines et de lianes, nous apercevons le grand et autrefois important district de Mdabourou, composé d'une trentaine de villages, pour la plupart réduits en cendres. Le Kouikourou ou Tembé impérial, immense construction carrée d'au moins 400 mètres de façade, fume encore et, sur de longues perches à l'extérieur du Boma, grimacent les têtes coupées, vues par M. Burdo.

Tous les villages africains ont leurs tambours de guerre, remisés sous un hangar et que l'on bat à la moindre alerte au moyen de baguettes de bois.

Il 7 en a de fort grands, voire d'immenses, comme c'est ici le cas. On les creuse dans des troncs d'arbre, complètement évidés et un peu rétrécis dans la direction du sol. Les deux ouvertures sont tendues de larges peaux de bœuf, dont les pourtoura, découpés en lanières, se rejoignent, fortement études et noués bout à bout.

C'est au milieu des ruines mêmes, que nous serons obligés de camper, l'ennemi pouvant songer à un retour offensif, dangereux, pour nous, en rase campagne. Quoique nos yeux soient déjà quelque peu familiarisés avec les horreurs africaines, et que notre sensibilité ait eu le loisir de s'émousser aux sanglantes surprises de cette existence sauvage, la vue des cadavres des guerriers, des femmes, des vieillards et des enfants, jonchant le sol, parfois atrocement mutilés, nous pénètre de pitié et de dégoût. Les soldats de Mounié Mtoina se sont montrés bien cruels après la victoire ! Mais comment refréner ces natures abruptes et foncièrement sanguinaiï'es, surtout lorsqu'une longue résistance a exalté encore leur férocité naturelle? Autant prétendre arracher au tigi*e la proie qu'il a saisie. M. Ramaeckers a dû déployer une énergie indomptable pour empêcher ses Askaris d'imiterles indigènes et pourles ramener, après le combat, en bon ordre au campement.

L'enceintedu Kouïkourou, rompue en divers endroits, n'atteint guère plus de deux mètres d'élévation. Elle se compose de deux murs en torchis, couverts d'un toit, à légère pente extérieure, pour l'écoulement des pluies, et est p3rcée de meurtrières, derrière lesquelles les hommes du Sultan en fuite, ont fait bravement le coup de feu. Les magasins incendiés, ayant contenu les céréales, répandent une vapeur asphyxiante et l'eau manque pour éteindre le feu couvant toujours. Plus une tête de bétail, naturellement. Los Oua-Gogos s'en sont emparés, comme des armes, de l'ivoire, des étoffes et des marchandises, composant le trésor particulier du Sultan et les réserves de la population. Après avoir déblayé une des cours intérieures des débris et des cadavres qui l'obstruent, nous y plantons nos tentes et y déposons nos ballots. Puis nous allons visiter le théâtre de la lutte.

J'ai pris six vues photographiques sur les lieux mêmes de l'engagement et dans les environs dévastés, enjambant les corps humains à moitié dévorés par les hyènes, et poursuivi partout par l'acre fumée des incendies.

Le soir, à notre grande surprise, nous recevons un courrier dépêché par le capitaine Popelin, qui se trouve avec M. Roger et 25 hommes d'escorte chez Mounié Mtoina. Il est ai^rivé ce soir même, et nous annonce sa visite pour le lendemain.

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