CHAPITRE X
Peu accessibles aux sentiments qui nous animent, soldats et porteurs fêtent la victoii'e par un plantureux festin, La scène d'extermination qui nous entoure ne fait que redoubler leur joie bruyante et barbare. Les femmes mêmes et les enfants, regardent les cadavres avec indifférence, sans s'émouvoir de leurs tristes mutilations. Plusieurs des bœufs donnés aux Askaris, comme part du butin, par le fils de Mounié Mtoina, qui a conduit les opérations, sont dépecés et grillent sur les foux éparpillés. La plupart de nos hommes se sont installés dans les tembés à moitié effondrés, où ils font joyeusement ripaille.
Nous passons une nuit pénible et troublée. Le sommeil ne vient point clore nos paupières. Nou-î avons la respiration gênée par les dernières fumées de rincendie qui se rallume à chaque instant de ses cendres et plus encore par les émanations d js cadavres en putréfaction. Pour ajouter à Tangoisse qui nous oppresse et aux sinistres tableaux qui continuent à hanter notre imagination surexcitée, nous entendons les cris insupportables d'une légion d'hyènes et do chacals voraces, revenant à la curée. Hommes et animaux, tout est ici également altéré de carnage !