CHAPITRE XI
bonne portée, gagner au moins, encoro, une centain3 de mètres. Le grand màle devenait inquiet; il tondillait avec une certaine impatience le sommet de son arbre, tournant la tête de côté et d'autre. Les petits continuaient à téter, les jambes écartées et secouant la queue comme des agneaux au pâturage. Les mères ne manifestaient aucune crainte. . « Sur ces entrefaites j'étais arrivé à environ 200 mètres de la bande qui, seulement alors, eut conscience du danger. Brusquement le vieux mâle poussa une espèce de grognement, secoua la tête et se mit à trotter» suivi de toute sa tribu. Il me présentait le flanc, cible admirable. Mon fusil s'abattit, cherchant le défaut de Tépaule, un coup de feu retentit et j'entendis le bruit sec de ma balle. La bête fut secouée comme un arbre par un coup de vent, mais au lieu (b tomber sur le coup, et je m'y attendais, elle se mit à galoper, suivie par le troupeau, un moment indécis.
€ Mon fusil s'abattit de nouveau. Ln coup de feu, parti de ma carabine, arrêta net, cette fois, dans «on galop, l'immense animal. Il tourna complètement sur lui-même, comme un bâtiment qui vire de bord, trembla de tous ses membres, secoua la tête et se remit à marcher à petits pas chancelants.
«Le reste de la bande pris de terreur, avait fui au grand galop, sans attendre son chef blessé. Je me mis à courir après le géant vaincu, afin de jouir de sa chute, comme on examine un gros chêne qui va tomber sous la cognée d'un bûcheron. Mais mon approche sembla le galvaniser. Presque paralysé, une seconde auparavant, il se mit à marchera grands pas, prit le trot, puis le galop, et en moins de deux minutes se trouva, non seulement hors de portée, mais hors do vue.
* Je ne pouvaisen croire mes yeux. Cloué au sol par l'étonnement, je me demandais si je n'étais pas le jouet d'une hallucination? Avais-je bien réellement vu à quelques pas seulement , cette grande bête roussàtre, — dont la tête élevée me forçait <le regarder le ciel, — ayant deux trous sanguinolents, l'un à un pied audessous du garrot, l'autre à la bonne place, au défaut de l'épaule ou un peu à côté ?
« Lorsque je repris mon sang-froid, l'arme que j'avais négligé de recharger, dans l'excitation du moment, était encore fumante. Mais la gigantesque proie m'avait glissé des mains, pour ainsi
(lire, et allait devenir la pâture des vautours, des chacals et des hyènes.»
Nous allons voir, maintenant, notre camarade, plus heureux dans une chassa aux zèbres que nous lui laisserons également raconter lui-même :
< Un matin, guidé par un indigène do la tribu des Makoas — grands chasseurs de profession et dénicheurs d'abeilles, — je me remis à battre les plaines de Mdabourou, jusque-là arpenté3S vainement par moi. Nous ne tardâmes pas à être en vue de plusiem*s troupeaux do zèbres, paissant tranquillement, et qui, à notre aspect, se réunirent en masse compacte, nous regardant avec défiance. Gomme nous gagnions du terrain, ils prirent le galop avant que je songeasse à décharger un seul coup de fusil.
« Notre course nous amena de nouveau non loin d'une bande serrée, sur le milieu de laquelle se détachaient pittoresquement quelques élégantes silhouettes de girafes. Mes tix)is hommes, le chasseur makoa compris, se divisèrent pour rabattre le gibier veri un grand acacia, situé à la distance de trois cents mètres, au milieu d'un bouquet de verdure, et où je pris moi-même position. Au bout d'un quart d'heure, le bruit d'un galop formidable m'apprit que le troupeau était lancé dans ma direction, et bientôt je vis s'élever au loin d'épais tourbillons de poussière. Arrivée à la distance de 300 mètres, environ, la bande, avertie comme par instinct de ma présence, obliqua brusquement vers la droite. Plus de 600 zèbres, précédés de cinq girafes, défilèrent ainsi au grand galop devant mes yeux. Le gros passé, l'arrière-garde se rapprocha insensiblement du fourré, si bien qu'un groupe de cinq zèbres se présenta à une distance de 200 mètres. Je me dressai d'un bond et fis feu. Un des zèbres, atteint au flanc droit, S3 cabra douloureusement, mais pour rcprendi*e immédiatement sa course, de rapide devenue affolée.
« Certain d'avoir touché l'animal en pleine robe, je me mis à sa poursuite, par acquit de conscience, car l'aventure de ma girafe m'avait rendu assez pessimiste. Mais mon chasseur makoa, qui avait vu l'effet du coup de feu, me rendit un peu d'espoir, en me faisant comprendre par ses gestes que le zèbre blessé ne tarderait point à s'abattre. Nous suivhnes la piste dans le