CHAPITRE XI
plus grand silence, et au bout d*un pou de temps, nous avisions en efiet quelques zèbres et quelques girafes, paissant tranquillement entre des épaii fourrés d'acacias. Pour ne point leur donner réveil, nous nous jetâmes à plat ventre dans le dessein de nous poster entre la bande et Tun des fourrés les plus rapprochés. Les épines dont la plaine était jonchée, nous entraient dans les mains, dans les coudes et dans les genoux, et nous rampions péniblement, obligés de pousser notre fusil devant nous. Du troupeau qui tondait l'herbe résistante, folâtrant, se mordillant comme nos chevaux mis au vert, se détacha tout à coup un animal démesurément ballonné et à la démarche embarrassée. Je le vois errer solitairement, se frotter contre les arbres qu'il rencontre et, enfin, se laisser aller tout d'une pièce sur le sol. Ces singulières allures m'intriguaient beaucoup, et je croyais avoir affaire à quelque jument sur le point de mettre bas. Arrivé entre le fourré et la troupe sans défiance, je me levais, le dos courbé, mais les vigilants animaux m'ayant aperçu, détalèrent immédiatement, quoique d'une allure moins rapide, et comme au regret d'abandonner un camarade en détresse.
« Je me mis à courir pour leur barrer le chemin, hésitant entre le zèbre tombé et une grande girafe, arrêtée à une centaine de mètres. Je préférai le certain au douteux et, me rapprochant de l'animal étendu de son long, je sautai dessus à pieds joints, sans qu'il lit un mouvement. Alors seulement, une blessure à peine assez large pour y fourrer le petit duigt, me fit voir que c'était le zèbre blessé que je retrouvais mort par suite d'une hémorragie interne, cause de son gonflement anormal. J'étais en possession d'une jument âgée de trois ans et admirablement pi*oportionnée. Dix minutes plus tard, ses filets extérieurs, embrochés sur les bagettes des fusils de mes hommes, rôtissaient exposés à un feu ardent et embaumaient les environs d'une odeur délicieuse.
c Cependant notre chasseur makoa avait subitement disparu. Son œil perçant avait distingué au loin le vol d'une abeille et, en la suivant, il était arrivé à un grand baobab plein d'un miel excellent. Nous nous en régalâmes, ainsi que de nos filets de zèbre, d'uqgoùt exquis, et ce repas, en plein désert, nous aurait semblé parfait si nous avions eu quelques gorgées d'eau pour l'arroser.
4c Assis sur un arbre mort de vieillesse, nous goûtions un repos devenu nécessaire, lorsqu'un orage, qui depuis quelque temps se brassait sur les hauteurs voisines, éclata avec violence. Les coups de foudre, annoncés par des éclairs flamboyants, se succédaient presque sans interruption. Bientôt un bruit sourd se fit entendre, croissant en violence. C'était l'eau, descendue en torrents des hautes cimes et qui dévalait dans la plaine. Nous en eûmes bientôt jusqu'à mi-jambe et fûmes obligés de nous refitgier sur un petit tertre. L'inondation ne dura, d'ailleurs, que quelques instants. Le flot poursuivit sa course folle et la plaine rafraîchie nous invita à nous remettre en chasse. • -
< De notre observatoire, j'avais remarqué, au loin, desnaéeé , de vautours et d'autres oiseaux de proie, décrivant des cerôléB au dessus de quelque dépouille abandonnée dans le Pori. Notjbe Makoa se remit en quête pour leur disputer les bribes de jeuf proie. Nous le vîmes revenu*, ployant sous une immense gigue de girafe, plus qu'à moitié décharnée et dans un état présqîie complet do putréfaction. Peut-être appartenait-elle au géant blessé, il y a quelques jours, par moi, et dont je n'avais pti retrouver les traces. Gomme je me demandais ce que notre noir J^ compagnon allait faire de sa singulière trouvaille, je le vis '■] transformer en brasier ardent, le petit feu allumé par mM •hommes, pour y rôtir quelques morceaux de zèbre et les épis de maïs emportés comme provision de campagne. Puis, désarticnlant le membre putréfié, il introduisit le tibia dans les flammes, l'en retira au bout de quelques minutes, le rompit net sous une grosse racine et, au moyen d'un fétu d'herbe, se mit à aspirer la moelle liquide et nauséabonde. Celle du fémur y passa également, et notre homme me parut enchanté d'un festin,parait-il,fort prisé par s3s congénères. C'était le second et succulent repas qu*U faisait dans la journée. »
Ces détails, narrés sans prétention, n'ont-ils pas nne saveur de sincérité, autrement attachante que bien de pompeux récits de chasse, envoyés par d'illustres mais fanfàrw» voyageurs?
— L'escorte du capitaine PopeUn et de M. Roger, forte d'une quarantaine d'Askaris, seulement, dont dix sont restés à Kouyara, avec le docteur Vanden Heuvel, est tout ce