‹ La vie en Afrique, ou, Trois ans dans l'Afrique centraleChapitre 95 sur 232 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

qui reste des 150 hommes engagés, il y a dix-huit mois, à Bagamoyo. Les bons et les dévoués sont restés, mais le demeurant a déserté peu à peu. Sincèrement dévoués à leur maître, ils portent sans murmure tous les objets de campement, tentes, lits, batterie da cuisine, etc. (Quant aux marchandises, la monnaie de notre compatriote se compose d*un seul ballot d*étoSes.) Leur chef, nommé Raschid, quoique né à Zanzibar, n*a du type nègre que la couleur. Il porte la barbe noire et pourrait bien avoir du sang arabe dans les veines. Il a fait plusieurs fois la traversée de Zanzibar à Mascate , en qualité de capitaine d*un daou. Adorant M. Popelin, — dont les allures enjouées et résolues rappellent beaucoup celles de M. Sergère, — il a rendu au capitaine les services les plus signalés. Raschid ne connaît point le danger, bien différent de ses congénères, toujours prêts à fuir devant des forces supérieures*. On Ta vu, à lui tout seul, tenir tête et mettre en fuite une vingtaine de Rougas-Rougas qui faisaient mine de barrer la route à sa petite caravane.

M. Popelin se sert constamment d*un interprète, élevé à la Mission Catholique de Bagamoyo, mais redevenu secrètement musulman, à ce que nous avons su plus tard, depuis son affiliation à Tescorte. Boniface, c*est ainsi qu*on rappelle, n'a guères gardé des enseignements des Pères du Saint- Esprit, que la connaissance, fort rudim;întaire, de la langue française.

— Le lendemain, nos hommes font leurs provision^ pour la traversée du Mgonda Mitali (Terres ardentes) et, de notre côté, nous nous préparons au départ.

Pour tous vêtements et objets de réserve, il est sage de se borner au strict nécessaire. Effets d'habillement de second et de troisième rechange, linge de corps ou de table, peuvent être roulés dans une pièce de toile, recouverte d'un cuir de bœuf solidement cousu, le tout avant la forme d'un ballot ordinaire, comme dans les bagages de M. Popelin. Ils s'y conservent pour le moins aussi bien que dans les caisses de tôle, dont le transport est plus difficile et la tare (poids de l'enveloppe) notablement majorée. Pour les provisions particulières, telles que conserves alimentaii^es, épices

et médicaments, les caisses valent mieux. Le thé, qui pourrait souffrir de Thumidité, trouve sa place dans des boîtes en zinc soudées, mises avec les bagages ordinaires. Et, à propos de soudure, il faut contrôler soigneusement celle destinée aux seules stations. Les Banians de Zanzibar et de Bagamoyo no se font pas faute de vous glisser des boîtes éventées dont la décomposition complète va vite en voyage.

Pendant la marche, on recourt le plus sobrement possible aux conserves, qu'il est prudent de réserver aux stations. Ceci, pour autant que Ton voyage quelque temps après la rentrée des récoltes , c'est-à-dire du mois d'avril jusqu'au mois de juillet, époque à laquelle on trouve généralement assez de vivres frais tout le long de la route. Il est d'ailleurs très utile de s'habituer peu à pau à se contenter exclusivement de la nourriture des pays que l'on traverse. Cette souplesse d'estomac, toute spéciale, fait partie intégrante des qualités impérieusement exigées chez tout explorateur, par vocation, par nécessité ou par profession.

Le maïs, le sorgho, le riz, les haricots, les ignames, les champignons comestibles constituent, d'ailleurs, des aliments fort sains et parfaitement appropriés à la température. Celui qui se serait arrangé de manière à pouvoir suivre en Afrique un régime échauffant, sans danger appréciable en Europe, n'en aurait pas pour longtemps ici. Il est toutefois quelques raffinements, pour nous élémentaires, dont il serait trop cruel de se passer.

Une caisse spéciale, à compartiments, est le tabernacle où sont contenues ces précieuses danrées, à doses quotidiennes : café, thé, sel, poivre, moutarde, huile, vinaigre, etc. L'huile et le vinaigre sont presque indispensables en route, aussi bien que les sauces anglaises, surtout le carry, qui activé la digestion et fouette le sang. — Dans les stations, on fait de l'huile très potable avec les graines de sésame et les arachides. — On joint à ce viatique particulier, mais seulement en prévision de famine, quelques boîtes choisies de ces précieuses conserves qu'il importe de ménager. Inutile de dire que le tabernacle est fermé à clef pour refréner les dégustations iUicites. Le choix des conserves doit être laissé au goût de chacun. Je n'aime pas . les viandes en boîtes; un autre en fait ses choux gras. Pour contenter, tout le monde, il est prudent de varier ses provisions.

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