‹ La vie en Afrique, ou, Trois ans dans l'Afrique centraleChapitre 96 sur 232 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

L'expérience, d'ailleurs, no tarde pas à apprendre ce dont il faut user de préféi'ence.

Prenons, par exemple, la farine Hecker, peut-être fort bonne en Europe, mais qui, ici, s'altère rapidement. Quel avantage office- t-elle au voyageur,errant en pays africain ? Elle contient, il est vrai, le ferment nécessaire à la panification. Mais ce ferment ne fait ici jamais défaut. On trouve du Pombé partout et on c'en trouve que trop, car il est l'origine de la plupart des querelles entre indigènes. Or, ca Pombé suffit à faire lever la pâte. Le froment croît en abondance dauis l'Ou-Nyaniembé. Nous en trouverons plus tard qui nous donnera un pain délicieux et bien supérieur à celui produit par la farine Hecker, quoique un peu moins blanc à la vérité. Pure question de nuances. .

Les conserves sèches de pommes de terre, de pois, de haricots, de juliennes pour la soupe, sont d'une ressource précieuse. Il est bon d'y joindre unj quantité raisonnable de confitures anglaises, de la marque Morton, excellentes pour activer la digestion. Sous ce dernier rapport, les épices, la poudre de carrj" et la Worcestershire sauce, sont très hygiéniques pour les Européens. Elles entretiennent la chaleur stomacale au niveau de la température extérieure. Notre thé comprimé, do nécessité également absolue, représente un important objet de consommation. Nous le baptisons de lait condensé, qui se conserve fort bien, et usons largement du sucre emporté de Zanzibar. On ne peut faire d'assez forte provision de ce dernier article, parfaitement introuvable dans Tintérieur de TAfrique, autre part que dans les stations arabes. Le miel fatigue très promptement. Il a le désavantage, en liquéfiant les selles, de prédisposer à la diarrhée et à la dysenterie. Je demande pardon au lecteur d'entrer dans ces détails, plus que prosaïques, mais en fait de voyage il n'y a eupliémisme qui tienne. Le moindre dérangement peut devenir, en effet, une question de vie ou de mort.

Nous avons trouvé à Aden du café ctijrrimo rartello, Ponv le chocolat, rien ne tient mieux la marche. Quant aux biscuits, il faut en prendre un soin tout particulier. Les vers s'y mettent très facilement.

Outre nos marmites de cuivre et nos casseroles de fer étamé, nous avons emporté de Bruxelles des services portatifs, aux pièces s'emboitant les unes dans les autres, et contenant les

menus objets d'un usage accessoire : 4 assiettes creuses et 4 assiettes plates en fer émaillé, tasses de même métal, un gril, un trépied, couverts, couteaux, etc. Mais le mieux est l'ennemi du bien. Bientôt, grâce aux chocs produits par des emballages et des déballages continuels, l'emboitement ne se faisait plus ; on était obligé de sortir les menus ustensiles qui s'égaraient les uns après les autres. Au bout d'un mois, nos services brevetés se disloquaient à plaisii^ et nous étions obligés d'en mettre tout bonnement les différentes pièces dans un panier confié à un Pagazi. Comme cela, nous avions immédiatement sous la main et au complet tout le matériel nécessaire à notre harnais de gueule, comme l'appelle Rabelais.

M. Burdo qui, ainsi que nous, parle d'expérience, conseille fort judicieusement d'employer ce dernier système. Un solide panier en osier peut contenir tout l'attirail dont on a besoin pendant la route, et au lieu d'une combinaison de pièces peu résistantes et bientôt sans adhérence, permet d'emporter des objets solides et confortables. L'énumération, d'ailleurs, n'en est guères chargée : 3 casseroles et 3 marmites, une cafetière, un moulin à café, un gril, une broche, quelques assiettes et des tasses en fer émaillé, des couteaux, des cuillers, des fourchettes, etc., résument toute la batterie de cuisine. Le reste, y compris la vaisselle en faïence, ne doit être déballé que dans les stations où l'on fait un séjour de quelque durée; M. Burdo croit qu'on pourrait y joindre quelques timbales en ruolz. Ce dernier luxe, dont nous nous sommes passés, et pour cause, paraîtra peut-être d'un sybaritisme un peu ambitieux. Rayons donc les timbales et n'en parlons plus.

— Partis à trois heures du matin de Mdabourou, nous campons vers neuf heures et demie près d'un Tongo, ou village abandonné par ses habitants.

On se tromperait fort en croyant que les oiseaux chanteurs et le gibier à plumes abondent dans l'Afrique Orientale. Sur certains points, seulement, il y a des passes de ramiers et de tourterelles, battant l'air de leurs ailes alourdies, en dehors de ceux ayant élu domicile dans les Linndos suspendus à leur intention. — La perdrix rouge est assez commune, paraît-il, à Karéma. Dans les environs des Tongos, reconquis par la végétation sauvage, nous voyons détaler rapidement quelques pin-

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