‹ La vie en Afrique, ou, Trois ans dans l'Afrique centraleChapitre 97 sur 232 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

tades au vol précipité et rasant. Les oiseaux de proie, aigles, faucons et vautours, sont plus nombreux. Us trouvent, d*ailleura, amplement de quoi satisfaire leur voracité sur cette terre de lutte animale et de destruction fratricide. Les champs cultivés attirent, aux premières pluies, les francolins, les pinsons, les cailles, les alouettes et quelques oiseaux aux brillantes couleurs. Pour le moment, dans les arbres, envahis par des essaims d*écureuils, nichent quelques toucans, au gros bec, grands amateurs de sauterelles.

— Le lendemain, après deux heures de marche, nous entrons de grand matin dans le petit village do Mounié Mtoina dont la population, peu nombreuse, jouit d'une réputation de vaillance parmi les Oua-Gogos, réputation dont la dernière campagne n*est pas faite pour affaiblir le prestige. Le Boma se compose d*une triple enceinte, facilement défendable. L'intervalle de la palissade extérieure, formée de deux rangs de piquets, est rempli de terre argileuse damée. C'est au sommet de cette dernière enceinte que se balancent, comme à Mdabourou, des têtes humaines fraîchement coupées. Les hommes de la côte ne répugnent pas plus que les hordes sauvages de l'Afrique à ces lamentables trophées.

Une animation extraordinaire règn'ë ici. Plus de 1200 hommes nous attendent pour traverser le désort sons la protection de nos Askaris. C'est la grande caravane équipée par M. Sergère et marchant sous les ordres d'un jeune chef arabe^ nommé Sef bin Raschid, type superbe, aux traits réguliers et fins, encadrés d'une soyeuse barbe noire.

Le viUage est situé dans une petite vallée entourée de montagnes, car un terrain fortement accidenté a succédé à l'immense plaine de Mdabourou. Un ruisseau passe à proximité, mais comme il n'a point actuellement plus d'un pouce de profondeur, on comprend difficilement comment il ait pu suffire à désaltérer tout le village et une aussi forte caravane. Pour ce qui nous regarde, nous ne nous arrêterons point ici, mais irons camper à Mo^lé, distant d'une couple de lieues.

Les habitants du Boma, dans lequel nous opérons notre entrée, aux sons des fifres et aux roulements des tambours, sont encore tout exultants de leur victoire. Ils nous saluent par

des salves de mousqueterîe. Tous ont revêtu leurs plus brillants oripeaux. C'est au pas de course qu'ils arrivent à notre rencontre, laissant flotter derrière eux le Ngouo, ou pièce d'étoffe nouée sur l'épaule. Nous les voyons, comme en un ballet, simuler une bataille. Ils lancent leurs fusils en l'air, le saisissent à la volée, s'agenouillent comme pour viser l'ennemi, sautent de côté, heurtent leurs épais bracelets de métal ou d'ivoire contre le canon de leur arme, tournent sur eux-mêmes, poussent des cris gutturaux, nous entourent et nous pressent avec une furia indescriptible. A voir leurs physionomies belliqueuses et leurs gestes furibonds, on dirait qu'ils veulent réellement nous attaquer. Si MM. Popelin et Roger ne nous avaient" prévenus, nous nous y serions peutêtre laissé prendre. Catte mimique enragée n'a d'autre but que de nous faire honneur et vraiment c'est un spectacle plein d'originalité et de caractère.

Mounié Mtoina nous reçoit, assis sur son Barza, — espèce de terre -plein élevé sous la véranda des habitations des Arabes et des hommes libres de la côte — et enveloppé d'une grande pièce d'étoffe blanche. Cônmio je l'ai dit, fidèle sujet du Saïd Bargash, qui a pour lui une estime et une affection particulières, Mounié Mtoina est venu s'établir sur les confins del'Ou-Gogo, avec son immense personnel d'esclaves qui ont pour lui une affection presque filiale. Nous voyons en lui un homme entre deux âges et jouissant d'une instruction relative. Il sait lire, écrire et calculer et a de nos progrès occidentaux des données suflBsantes. Reconnu comme Sultan du district, où il sut cimenter son autorité par de fortes alliances, il protège efficacement les caravanes arabes et européennes, à lui recommandées par les flrmans de son Suzerain. Mounié Mtoina nous reçoit avec une dignité asiatique, et nous remercie solennellement du concours de nos armes. Il en prend l'engagement formel : quel que soit le Sultan, qui à l'avenir régnera à Mdabourou, les caravanes européennes seront toujours exemptées d'un Hongo onéreux et arbitraire.

De nombreux Gombozîs, ou porteurs suppléants, venus de Tabora, attendent les caravanes dans le Borna de Mounié Mtoina. Beaucoup de nos Askaris profitent de l'occasion pour se débarrasiser à peu de frais de leur demi-charge, pourtant fortement allégea depuis le commencement du voyage. Très exigeants

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