‹ La vie en Chine et au JaponChapitre 3 sur 34 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Saigon. — Aspect général. — La Sainte-Enfance. — Le bagnan. — Le jacdin d'acclimatation. — Les tigres.

Une semaine à Saigon passe rapidement; les distractions, Tattrait du nouveau, et l'hospitalité si franche , si amicale que Ton y reçoit , font oublier les dangers de son climat.

Saigon, capitale de la Cochinchine française et siège du gouvernement de la colonie, bâtie sur la rive droite d'un des principaux affluents du Donnai, auquel elle a donné son nom, est déjà une fort belle ville et promet de s'améliorer encore. Ses rues larges, se coupant presque toutes à angle droit, sont en partie construites. Des travaux d'assainissement considérables sont terminés; d'autres mis en train prendront fin très prochainement. L'on y voit de belles promenades plantées d'arbres ombreux; des monuments et, parmi ceux-ci, il faut citer en première ligne le palais du Gouverneur, véritable chef-d'œuvre d'architecture; l'hôpital maritime, dont l'utilité se fait, hélas! trop sentir; enfin, de grands hôtels confortables et des cafés bien installés, offrant aux Européens des ressources inappréciables , à des prix relativement peu élevés.

Une expédition au Tonquin.

Il est quatre heures du soir; un coup de canon vient d'annoncer que la circulation est de nouveau permise (i). Après avoir parcouru le quai, le long duquel sont mouillés les navires de guerre, depuis rhôtel des Messageries maritimes, jusqu'au Fleurus ; après avoir admiré le bel établissement du Chinois millionnaire Vantai et pris un bock au café de la mère Ferrie , le flâneur embouche la rue Catinat, immense artère partant de la rivière et montant verticalement dans la direction du gouvernement. A cette heure et dans ces quartiers, rien , il faut Tavouer, de particulièrement étonnant pour un nouveau débarqué disposé pourtant à s'émerveiller de n'importe quoi. Des magasins comme partout,» dont quelques-uns sont tenus par des Chinois ; des fiacres conduits par des hommes en chocolat , Indiens de la côte de Malabar habillés d'une ceinture en cotonnade rouge ou écossaise; des officiers vêtus de flanelle bleue, la tête couverte d'un immense chapeau parasol appelé salacco ; quelquefois, une femme pâle, affublée des modes européennes toujours ridicules sous la température de feu des pays intertropicaux, passe languissante, traînant par la main un pauvre bébé qui semble être en cire ; et voilà tout. On sent qu'on n'est plus en France , et pourtant tout la rappelle ; il semble que l'on est en proie à ce genre de cauchemar qui vous fait voir les objets les plus hétéroclites bizarrement accouplés avec les plus ordinaires.

(i) De dix heures du matin à quatre heures du soir, les troupes ne peuvent pas sortir.

byGoigle

jo Une expédition au Tonquin,

Si Ton continue , en allant droit devant soi, pendant vingt minutes , on arrive au palais du gouverneur ; son style composite, moitié chinois, moitié européen, parfaitement en rapport avec la. nature du pays, est d'un effet très remarquable ; mais il faut borner là sa course dans cette direction, car plus loin, c'est la plaine des tombeaux, immense nécropole, où, depuis des siècles , les indigènes enfouissent leurs morts à la grande joie des carnassiers ailés , armée lugubre dont les bataillons immenses font, en tout temps, ripaille dans ces parages.

En obliquant à droite, on passe devant TÉvêché, et en revenant ensuite sur ses pas, on tombe sur la Sainte-Enfance. Cette maison de charité dirigée par des prêtres des missions étrangères et des religieuses est, paraît-il, très prospère; ses vastes dépendances sont entourées d'un mur blanc couronné d'une triple rangée de tessons de bouteilles ; ce qui n'empêche pas, dit-on, les jeunes Congaï (i) de le franchir parfois, à l'appel d'un Roméo. Où peut aller se nicher l'amour I J'ai vu de ces Juliettes aux yeux obliques et à la face jaune, j'ai vu bien des représentants de ce qu'on appelle en Cochinchine , comme ailleurs , la plus belle moitié du genre humain ; j'en ai vu appartenant à tous les degrés de l'échelle sociale, depuis la femme du peuple des campagnes, à peine vêtue, jusqu'à la femme riche coquettement attifée à la façon annamite ; j'ai vu, au dire des gens habitués à ces sortes de beautés, de vraies jolies filles, bourgeoises venant des

(i) Jeunes filles annamites.

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