‹ La vie en Chine et au JaponChapitre 4 sur 34 · L- ît- i" r-L · texte numérisé non relu

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villages, faire leurs emplettes en ville, coiffées du chapeau de bambou qui est le suprême de Téiégance ; belles petites du cru, vêtues d'une chemise de soie bleue, les cheveux bien lustrés d'huile de coco, les pieds en dehors, chaussés de babouches en cuir jaune; la poitrine portée en avant, elles s'en vont, avec un dandinement qui ne manque pas de grâce ; sous les plis mous de la soie presque transparente, on devine un corps ferme et des formes artistiques ; mais Dieu I quelles têtes, quelles bouches dégoûtantes de bétel I Rien que d'y penser, on en a le cœur sur les lèvres.

Les gens qui habitent la Cochinchine depuis quelques années et même seulement depuis quelques mois, prétendent qu'où se fait vite à ce type ; et l'on cite plus d'un Européen énamouré d'une congaï, faisant des folies pour satisfaire les fantaisies coûteuses de sa maîtresse. Dans cet ordre d'idées, il n'y a, du reste, rien d'incroyable.

Après avoir contourné le mur de la Sainte-Enfance, on passe devant un bagnan de petite taille ; cet arbre , dont il existe en Annam des spécimens énormes , est des plus curieux; de chacune de ses branches pendent des filaments qui , d'abord minces et ténus , prennent racine et finissent par former des troncs aussi gros que le tronc principal. Un seul arbre peut ainsi arriver à couvrir, de proche en proche, des étendues de terrain considérables. Quelques pas encore et voici le jardin d'acclimatation ; cet établissement, de fondation assez récente, entre les mains d'un naturaliste distingué et d'une énergie à toute épreuve, est devenu en peu de temps, fort remarquable; en donner une

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description détaillée serait sans doute superflu ; tous les jardins d'acclimatation se ressemblent plus ou moins. Pourtant celui-ci a un cachet particulier ; son habile directeur y a transplanté à peu près toute la flore du pays, et a su y réunir la plupart des espèces rares, dont il est parvenu à se procurer les échantillons, au prix des plus dures fatigues et en s'exposant aux plus grands dangers. La 'faune y est moins riche. A Tune des extrémités , en face d'une charmante habitation, s'élève une volière de proportions gigantesques, véritable palais construit pour des hôtes ailés de toutes les familles ; plus loin, dans une douzaine de cages alignées les unes contre les autres, quelques animaux indigènes : singes de diverses tailles et de pelages différents ; chats-tigres , faisans dorés , coqs des bois ; enfin, une petite bête très curieuse, sorte de chevreuil miniature, gros comme un écureuil ; à côté , une mignonne guenon très gentille mais dont les poignées de main sont d'une propreté douteuse. Dans une mare à grenouilles aux trois quarts envahie par les herbes, un bruissement insolite attire l'attention du visiteur ; on se demande quels habitants peuvent bien receler ces nénuphars ; en se penchant sur le gardefou , il est facile de les distinguer au milieu de la verdure; ce sont deux caïmans. Ces amphibies à moitié domestiqués vivent bourgeoisement et plantureusement, dans ce petit domaine, où la sollicitude d'un gardien leur ménage, chaque jour, un menu de choix.

En quittant les caïmans, on tombe sur des animaux d'un caractère non moins sympathique. Au centre

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d'une vaste cage formée de solides barreaux de fer, apparaît une cabane ; c'est le logement des tigres. Là, en tout temps, le gouvernement de la colonie entretient un jeune ménage de ces aimables compagnons, destinés à aller, plus tard, enrichir la collection d'un Bidel (i) quelconque. Chaque soir, un peu avant le coucher du soleil , on peut assister à la récréation et au repas des pensionnaires. Tout à coup, une porte s'ouvre brusquement; le mâle, royale créature, suivi de sa compagne, s'élance en rugissant. Par une sorte d'illusion d'optique, l'œil fixé depuis un instant sur la porte de la maisonnette, ne perçoit plus la cage; au moment où les fauves se ruent en avant, il vous passe un frisson dans le dos , et l'on ne peut s'empêcher de faire un mouvement de recul. Quel massacre, si la cage venait à se rompre ! Mais elle ne se rompra pas ; aussi ne peut-on s'arracher à la contemplation de ces terribles félins , à côté desquels les spécimens exhibés dans les ménageries d'Europe ressemblent à cjes bêtes de carton. Le tigre cochinchinois est, du reste, le plus bel animal de la création et certainement le plus terrible ; les Annamites en ont une frayeur atroce ; ils l'appellent monseigneur ; et la superstition se mêlant à leur crainte , il en résulte que tout indigène touché par la griffe de cet incommode voisin, est un homme perdu; il ne doit pas, ne peut pas se guérir, quçl que soit le peu de gravité de sa blessure; et effectivement, il finit, presque toujours, par mourir,.... de peur.

(i) Célèbre dompteur, propriétaire d'une ménagerie fort remarquable.

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