‹ La vie en Chine et au JaponChapitre 9 sur 34 · DE LA CITADELLE D'HANOÏ · texte numérisé non relu

DE LA CITADELLE D'HANOÏ

KOTA. — Les traits pleins indiquent les remparts, murailles en briques, etc.

La croix f marque Tendroit où reposent nos camarades tués dans la sortie du si décembre.

Échelle

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Alors, ceux qui avaient le bonheur de se trouver au nombre de ces bons et simples Français, purent assister à une suite^ non interrompue pendant plus de trois mois, de spectacles où ils remplissaient le rôle le plus actif, en exposant à chaque instant leur tête, mais où ils se sont parfois bien amusés.

Dès la veille du jour décisif, des dispositions avaient été prises pour une attaque matinale ; ordre était donné de s'ébranler en deux bandes, un peu avant le lever du soleil, et d'engager l'action, avec ensemble, au premier coup de canon tiré en bombe par la canonnière.

C'est ainsi qu'il fut fait. A cinq heures du matin, tandis qu'une colonne sous les ordres du commandant tournait la citadelle pour attaquer la porte du Sud-Est, une deuxième colonne, commandée par un enseigne de vaisseau, se dirigeait vers la porte du Sud-Ouest. Cette deuxième colonne, forte seulement d'une trentaine d'hommes et d'une pièce de montagne, arriva sous le redan au petit jour.

Dans la citadelle, silence parfait ; quelques piques émergent des remparts, mais pas un coup de feu ne se fait entendre ; pas une démonstration hostile du côté des assiégés ; tout le monde dort, paraît-il ; c'est le cas de tenter un coup de main.

Homère ! ô Virgile I il faudrait vos lyres enthou siastes pour chanter ces exploits et glorifier cette

épopée guerrière Il faudrait vos vers divins pour

redire les hauts faits et les actions mémorables de ces hommes modestes dont la patrie ignore encore les noms.

Une expédition au Tonquin. y 3

Ils sont là, d'un côté, une armée ; de l'autre, une poignée. L'armée se cache derrière des murs orgueilleux; la poignée est en rase campagne.

Il faut un homme de bonne volonté, trente se présentent ; pourquoi faire ? Moius que rien : escalader la porte du redan et ouvrir le chemin aux camarades. On désigne le premier venu, il sera certainement tué ; n'importe, il n'y pas un instant d'hésitation, et quelques secondes après — audaces fortuna juvat — les traverses de la porte sont enlevées et la voie est libre.

En avant !

Mais l'ennemi s'est réveillé et la fusillade commence; enfoncer la seconde porte est indispensable ; cette porte est en bois plein, très épais, l'opération ne sera pas facile ; seul, le canon peut en venir à bout. Cinq hommes mettent la pièce en batterie, à dix mètres des remparts ; les autres, déployés en tirailleurs, démontent avec entrain les servants et les fusiliers ennemis ; tous les coups français portent avec une précision terrible dans le tas des assiégés ; les coups annamites, mal dirigés, ne font aucun mal aux assaillants disséminés. Bientôt le canon mêle sa voix majestueuse aux notes stridentes du chassepot, au son grave des fusils à pierre ; la mitraille passe impuissante par-dessus la tête des matelots ; et pendant ce temps-là, la porte vole en éclats sous les obus envoyés à bout portant.

Désormais, de ce côté, la partie est gagnée ; les Français font irruption par la brèche et se précipitent sous la voûte. Des monceaux de cadavres et d'agonisants encombrent les issues ; on marche dans le sang

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des morts et des blessés et Ton s'acharne à la poursuite des fuyards.

Mais voilà qu'une balle siffle à l'oreille d'un aspirant et va s'aplatir à quelques mètres devant lui, sur un mur ; une seconde suit la première et endommage le fourreau àt sabre du sergent-fourrier, puis une troisième, puis une quatrième, c'est une grêle.

Halte ! D'où vient le feu ? Serait-il resté des ennemis en arrière > Non, la place est nette. Alors ce sont des balles amies. C'est le cas de dire qu'un ami maladroit est souvent plus dangereux qu'un adroit ennemi. Que font ces étourdis > Ce sont les hommes de réserve destinés à protéger une retraite possible qui s'escriment à démonter un être aussi impassible qu'inoffensif : une hampe de pavillon entortillée dans son chiffon jaune, abandonné sur les remparts.

— Sonner : cessez le feu l commande l'officier. Le clairon embouche son instrument et s'évertue à faire comprendre ses objurgations ; mais les balles continuent à pleuvoir, sans discontinuer, sur la route qu'il faudrait suivre. La position devient critique ; l'ennemi ne se sentant plus poursuivi, peut reprendre l'offensive ; au risque de recevoir, dans le dos, quelque horion ridicule, on va se décider à passer le Rubicon, quand enfin, les enragés s'aperçoivent de leur méprise et cessent leur tir à la cible.

La petite troupe de héros reprend alors sa course vers l'intérieur de la citadelle ; les morts jonchent le chemin, les blessés tendent leurs armes aux vainqueurs. Un grand mandarin frappé d'un éclat dans le côté remet son sabre enrichi d'or, au médecin qui veqt lui

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prodiguer ses soins. C'est le vieux maréchal tombé l'un des premiers sous les coups de nos canons qui partent deux fois, suivant l'expression pittoresque des / Annamites surpris par Tefifet des obus.

On ramasse, en courant, des armes de prix abandonnées par les fuyards, de jolis sabres, des fusils à la crosse incrustée de nacre, aux riches garnitures d'argent ; chacun a sa prise de guerre ; et toujours au pas de course, toujours sonnant la charge, on arrive sans autres incidents, au rendez-vous, en même temps que la colonne chargée de l'attaque du Sud-Est. Là, les choses se sont passées comme au Sud-Ouest, la victoire a été menée tambour battant et les vainqueurs n'ont heureusement à enregistrer, pour cette fois, aucune perte.

L'assaut avait commencé à six heures ; à huit, cette citadelle de quarante H de tour, si bien construite, si bien armée, si bien approvisionnée, cette citadelle si bien défendue était au pouvoir de ces damnés Barbares qui, au nombre de moins de cent, avaient eu la grotesque témérité de l'attaquer. Il était huit heures, et le grand maréchal, naguère si tranquille et si fier, agonisait avec un morceau de fer dans le corps ; et le pavillon tricolore flottant au sommet de la tour d'observation du réduit central, annonçait, urbi et orbi, la victoire des Français.

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