CHAPITRE XII
reine une somme non moins prodigieuse de connaissances en . sociologie et en psychologie. Il n'y aurait donc rien de surprenant | à ce que la race des abeilles possédât d’autres secrets dont nous ne pouvons pas comprendre, ni même deviner le fonctionne- . ment.
En effet, Sydney Smith écrit :
« Les plus grands admirateurs du miel et les plus chauds amis des abeilles ne prétendent jamais, j'en suis certain, que les membres du jeune essaim qui commencent à faire du miel trois ou quatre mois après leur naissance et qui, aussitôt après, construisent ces cellules d’une régularité mathématique, aient pu acquérir leurs connaissances en géométrie comme nous acquérons les nôtres, eux qui, en trois mois, dépassent M. Maclaurin en mathématiques de toute la hauteur dont elles l'avaient dépassé déjà dans l’art de faire du miel. Il faudrait à un premier prix de mathématiques de Cambridge dix heures d'études tous les jours pendant trois ans pour qu'il fût de force à résoudre ces problèmes, qui sont familiers non seulement à toutes les reines, mais à la moindre larve, étudiante de première année, dès le moment qu'elle vient au monde ». Cette dernière affirmation est peut-être un peu risquée : mais le lecteur songera aussitôt que, puisque les abeilles surpassent en effet M. Maclaurin dans l'art de faire du miel, il est possible aussi qu'elles aient infiniment plus d’aptitudes que lui pour les branches des mathématiques qu'elles ont dû cultiver constamment pendant des millions d'années, et qu'elles
le dépassent aussi en connaissances physiologiques et psychologiques, du moins dans la mesure où ces connaissances sont nécessaires aux intérêts de leur communauté.
Nous savons que la larve qui en se développant devient une abeille neutre, et que celle qui devient, avec le temps, une reine,
. sont au début des larves de même espèce ; et que, si nous donnons. à l’une de ces larves la nourriture et le traitement que tous ses … ancêtres ont eu l'habitude de recevoir, elle deviendra semblable, de structure et d'instincts, à tous ses ancêtres. Et si elle ne le fait pas, ce sera uniquement parce qu'elle aura été nourrie et traitée comme aucun de ses ancêtres n'a été nourri et traité
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avant elle. Jusqu'ici, c'est exactement ce à quoi nous devions nous | attendre si nous avons admis que la structure et l'instinct sont principalement dus à la mémoire, — ou à la mémoire. droguée. Donnez à cette larve une bonne chance de se reconnaître, et aussitôt elle montrera, en faisant ce qu'elle a déjà fait jadis, qu’elle se reconnaît et se souvient. Donnez-lui une nourriture et un logis différents, et vous devrez vous attendre à ce qu'elle se montre ‘embarrassée. Elle se souvient de bien des choses : elle naît abeille, et nen qu'abeille. Mais, c'est une abeille avortée. C’est une abeille qui a été mutilée avant sa naissance au lieu de l'être après. Son
, instinct et sa croissance sont en corrélation avec sa condition abortive, comme cela arrive fréquemment à des animaux bien supérieurs aux abeilles lorsqu'ils ont été mutilés à une phase de leur développement beaucoup plus avancée que celle à laquelle com-mence l'avortement des abeilles.
Les larves étant semblables à l’origine, et étant semblablement mutiées (par le changement de nourriture et de logis) devront naturellement se montrer très semblables d’instincts et de structure en arrivant à la maturité. Lorsqu'elles se trouvent entraînées hors de leur route coutumière, il faut qu'elles prennent quelque autre route, ou qu'elles périssent. Or il n'y a rien d'étonnant à ce que des êtres semblables semnblablement embarrassés adoptent une ligne de conduite semblable. Mais j'avoue qu'il
est difhcile de comprendre comment le changement de nourriture et de traitement peut, en embarrassant un insecte, produire chez lu un « développement complexe » tel, qu'il creuse une cavité dans sa cuisse, se pourvoit d'une trompe d'une utilité extrême, et se montre capable de résoudre de difficiles problèmes de mathématiques.
Mais il ne faut pas oublier que le souvenir d'avoir été des reines et des bourdons — le seul souvenir que doivent, d'après mon hypothèse et à première vue, posséder les larves en tant que larves, — doit forcément contenir, à l’état latent, le souvenir de tout l’ordre social de la ruche. Par suite donc, elles se souviendraient, d'une manière latente, que la grande majorité des abeilles ont toujours été des abeilles neutres. Elles se souviendraient,