AMAR ET A
ligent, ou le sot. Elle ne s'occupe de lui qu'après que d’autres causes l'ont fait, et elle ne semble être, en définitive, qu'une manière d'exprimer ce fait : que les variations, une fois qu'elles se sont produites, s'accumulent. On l'a déjà dit : il est inutile de chercher l’origine des espèces dans cette branche de l’activité de la nature qui règle la préservation ou l'extinction de variations déjà produites par une cause inconnue ; il faut la chercher dans les causes qui ont produit la variation. Or, ces causes doivent opérer, si l'on peut dire, derrière le dos de la « sélection naturelle », qui est plutôt un bouclier et un écran qui nous empêche de voir notre propre ignorance, qu'une explication de ces causes.
Ces remarques s'appliquent également à des plantes comme le gui et le trèfle rouge. Pour être bref, je ne m'occuperai que du gui, qui me paraît être le plus frappant de ces deux cas. Voici ce que dit M. Darwin :
« Les naturalistes parlent sans cesse des conditions extérieures, telles que le climat, la nourriture, etc.…, comme de la seule cause possible des variations. Dans un sens étroit, ainsi que nous le verrons par la suite, cela peut être vrai. Mais il est absurde d'attribuer aux seules conditions extérieures une structure comme celle du pic, avec ses pieds, sa queue, son bec et sa langue si admirablement adaptés en vue de prendre des insectes sous l'écorce des arbres. Dans le cas du gui, qui tire sa nourriture de certains arbres ;: qui possède des graines qui ne peuvent être transportées que par certains oiseaux ; et qui a des fleurs à sexes séparés exigeant l'intermédiaire de certains insectes pour transporter le pollen d’une fleur à l’autre, il est également absurde d'expliquer la structure de ce parasite et ses relations avec divers êtres organiques distincts, par l'effet des conditions extérieures, ou de l'habitude, ou de la volonté de la plante elle-même ». (Sélection Naturelle, p. 3, éd. 1876.)
Je ne vois pas en quoi cela est absurde. Il me semble encore plus absurde de l'expliquer par l’action de la «sélection naturelle » opérant sur des variations indéfinies. Sans doute, il serait absurde. de supposer qu'un oiseau très différent d'un pic eût conçu dans son esprit la forme du pic, et qu'ainsi, par un effort de volonté,