CHAPITRE XII
. de la même manière, exactement, que les inventions et les industries humaines progressent de nos jours. Et cela implique que l'intelligence, l'ingéniosité, l'héroïsme et tous les éléments du romanesque, ont dû jouer le rôle principal dans le développement de chaque brin d'herbe et de chaque créature vivante que nous voyons autour de nous.
Voici une courte esquisse de la partie la plus importante de la théorie de Lamarck. Je l'extrais du volume XXXVI de The Naturalist's Library (Édimbourg, 1843) :
« Les corps les plus simples », dit le rédacteur, exposant l'opimion de Lamarck sans y souscrire, « se forment aisément, et, cela étant, 1l est facile de comprendre comment, avec le temps, des animaux d'une structure plus compliquée peuvent naître ; car | il faut admettre comme une loi fondamentale que la production d’un
organe nouveau chez un corps vivant résulte de tout besoin ou désir nouveau qu "éprouve ce corps. Le premier effort que fait un être qui commence à se développer doit être fait en vue de procurer à l'être de quoi subsister ; et par suite, avec le temps, 1l se forme chez cet être une cavité alimentaire, c'est-à-dire un estomac ». (C'est ainsi que nous avons vu l’amibe « improviser » un estomac lorsqu'elle en a besoin). « D’autres besoins créés par les circonstances conduiront l'être à faire d’autres efforts qui, à leur tour, seront l'origine de nouveaux organes ».
Lamarck avait embarrassé sa merveilleuse conception d’une idée accessoire inutile : il croyait que tout organisme inférieur possède une tendance inhérente à progresser. Par conséquent 1 se vit contraint d'expliquer comment il se fait que tant d'organismes très inférieurs et très anciens existent encore de nos jours, et pour cela il se rabattit sur l'hypothèse, qui jusqu’à présent
n'est confirmée par aucune preuve, d'après laquelle ces organismes inférieurs naissent encore maintenant, et à chaque instant, de la matière inorganique. Mais rien ne nous oblige à supposer que tous les organismes inférieurs ont une tendance inhérente au pro-
| grès. Il suffirait qu'il apparût de temps à autre quelques spécimens
» d’un ou plusieurs de ces organismes primitifs qui fussent un peu
h mieux doués que la majorité. Ces spécimens mieux doués varie-
PONS RADAR ITR RE EE LA
LA VIE ET L’HABITUDE raient, et ainsi l'impulsion serait donnée, tandis que les spécimens … moins bien doués resteraient in statu quo, pourvu du moins qu'ils « fussent suffisamment doués pour échapper à l'extinction.
Il ne paraît pas non plus que Lamarck ait désigné d'une façon précise la continuité de la personnalité et de la mémoire comme la raison même qui fait que l’hérédité existe, ni qu'il ait, par conséquent, considéré la vie comme un petit nombre d'immenses animaux composés qui ne différeraient des animaux que nous appelons ( composés » au sens strict du terme que par l'absence du lien organique qui relie entre elles les parties constituantes de ces animaux. Car, tant qu’à l'idée d’hérédité on n’ajoute pas celle de continuité de la personnalité et de la mémoire, le mot d'hérédité, de quelque façon qu'on l’applique, ne peut guère servir au à désigner une chose qu'on ne comprend pas. Mais l’idée principale de la théorie de Lamarck ne présente plus guère de difñ-. culté a priori, maintenant que M. Darwin nous a familiarisé avec l’évolution, et nous a fait voir quelle énorme masse de faits peuvent être allégués en faveur de cette doctrine.
Dans sa préface de la dernière édition de L'Origine des Espèces M. Darwin nous dit que Lamarck fut en partie conduit à ses conclusions par l’analogie avec les productions domestiques. Il est assez difficile de savoir ce que ces mots impliquent : ( productions domestiques » peut vouloir dire bien des choses, depuis un bébé jusqu'à des confitures. Mais s’il faut entendre que le développement graduel des inventions mécaniques de l’homme, et le progrès des idées de l’homme, ont en partie suggéré à Lamarck sa théorie, je dirai que de toutes les sources où il pouvait puiser | ses inspirations, celle-là me paraît la plus sûre et la plus féconde.
Sans doute, les plantes et les animaux à l’état domestique cons- | tituent un champ d’études fécond. Mais les machines sont la façon même dont l’homme varie en ce moment. Nous savons comment fonctionne notre esprit, et comment notre organisa- | tion mécanique, — car, sans plaisanterie, les machines ne sont | pas moins que cela, — a progressé de concert avec nos désirs. Parfois notre désir prend les devants, et d'autre fois c’est notre |} pouvoir qui marche en tête. Quelquefois désir et pouvoir se com- |}