‹ La vie et l'habitude, traduit de l'anglaisChapitre 112 sur 135 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Hbinent pour former un organe susceptible de variation presque illimitée. Quelquefois une de leurs conceptions nouvelles atteint relativement très tôt la limite de son plus complet développement, et alors ils s'arrêtent net. Et d’autres fois encore ils avancent par sauts et par bonds, ou bien se traînent d'un pas lent. Ici nous sommes dans les coulisses et voyons comment les choses se passent. Ici, nous voyons l’homme, — justement l'animal que nous sommes le plus capables de comprendre, — nous le surprenons en train - de varier, et de varier grâce à ses besoins et non en vertu des besoins d’autres êtres. Et ce phénomène est un phénomène | naturel : c’est la variation d’un être qui est tout autant à l'état | de nature que les fourmis et les papillons. Ici, il y a moins de place | pour ces continuels « peut-être » dont nous sommes obligés de nous contenter lorsque nous étudions les plantes et les animaux, des opérations mentales desquelles nous ne pouvons juger qu’obscurément. J'ajouterai que l'étude des machines offre plus d'avantages, au point de vue pécuniaire, qu'on en peut, en général, attendre de l'étude des animaux inférieurs. Et par là encore, — | mais j'avoue qu'il ne faudrait pas pousser cette considération | trop loin, — on épargnera aux animaux inférieurs bien des souf- | rances parfaitement inutiles ; car bien souvent ce que nous appe- | lons étudier l’histoire naturelle n’est guère qu'une façon d'épier | la vie privée de nos frères inférieurs, sans autre motif que celui | de satisfaire notre curiosité. C’est pourquoi je me permettra de conseiller vivement à ceux de mes lecteurs qui voudraient se former un jugement indépendant sur le développement de la vie organique, de prendre pour guide l’homme, et les races humaines telles qu’elles existent actuellement, ainsi que les progrès que font | sous nos yeux les inventions et les conceptions de l’homme. Car | toute croissance n'est que ceci : quelqu'un qui fabrique quelque | chose.

| Les théories de Lamarck tombèrent en discrédit, d'abord parce qu'elles étaient trop surprenantes pour pouvoir se fondre aisément avec les idées régnantes alors : C'était un croisement trop divergent pour être fécond ; ensuite, parce qu'elles parurent | à un mauvais moment, pendant la réaction qui suivit la Révolution

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française : et enfin parce que, si je ne me trompe, il ne rattachait pas suffisamment l'expérience de la race à celle de l'individu, et qu'il ne vit pas l'importance du principe selon lequel la conscience, la mémoire, la volonté, l'intelligence, etc. disparaissent, ou passent à l'état latent, lorsqu'elles deviennent intenses. Il semble aussi qu'il ait mêlé à son système des idées qui étaient, ou bien évidemment fausses, ou bien tellement impossibles à prouver qu'elles l’exposèrent aux moqueries et au dédain du public. Mais j'ai la conviction qu’on finira par s'apercevoir que | ses successeurs ne lui ont pes rendu la justice qu'il était en droit d'attendre d'eux, et que ses théories, qu'on a traitées à trop bon compte de « grossières », sont loin d'avoir dit leur dernier mot. Pour en revenir à M. Darwin, nous avons déjà vu qu'il est difficile de savoir exactement dans quelle mesure il est opposé à Lamarck, et jusqu’à quel point il est d'accord avec lui. M. Darwin | a toujours soutenu que l'usage et le défaut d'usage jouent un grand | rôle, et cela implique que l'effet produit sur le parent devrait | demeurer dans la mémoire du descendant, de la même façon | que le souvenir d’une blessure se transmet d’une génération de cellules aux cellules de la génération suivante, qui reproduisent | pendant longtemps la cicatrice, encore qu’elle puisse finir par s'effacer complètement. De plus, M. Darwin, après avoir dit | comment l'œil d’une jeune limande fait le tour de la tête de ce | poisson pour venir se placer du même côté que l'autre œil, donne | un exemple (Sélection Naturelle, p. 188, éd. 1875) d'une structure qui, ( selon toute apparence, ne peut provenir que de l'usage ou de l'habitude ». Il s’agit de la queue de certains singes d'Amérique « qui s’est convertie en un organe préhensile d’une perfection étonnante et joue le rôle d’une cinquième main. Un critique », poursuit M. Darwin, « remarque à propos de cette structure, « qu'il est impossible de croire que, dans un nombre si grand qu'on voudra de siècles, la toute première tendance à saisir ait pu pré-| server la vie des mdividus qui la possédaient, ou leur donner plus de chances d’avoir, et d'élever, des descendants ». Mais il est tout à fait inutile de croire cela. L’habitude, — et ceci l'implique presque que l'animal trouvait un avantage quelconque à répéter

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