‹ La vie et l'habitude, traduit de l'anglaisChapitre 113 sur 135 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

son action, — sufhrait très probablement à produire cette variaton. Si donc l'habitude peut faire cela, — et ce n’est pas peu de chose que l'acquisition d’un organe préhensile d’une perfection étonnante qui peut jouer le rôle d’une cinquième main, — combien plus l'habitude n'est-elle pas capable de faire, même quand la « sélection naturelle » ne lui vient pas en aide, ainsi que M. Darwin suppose que ce fut le cas dans cet exemple particulier ? Après que nous aurons attribué aux effets de l'usage un grand nombre \des différences de structures et d'instincts que nous remarquons chez les plantes et chez les animaux (ce à quoi M. Darwin nous autorise évidemment) ; et après que nous en aurons attribué bien davantage à des causes inconnues, et un grand nombre | encore aux changements des conditions d'existence, qui, s'ils |sont quelque peu importants, doivent forcément provoquer la kstérihté ou la variation ; quel rôle restera à la « sélection naturelle » dans la formation des espèces 2 à cette « sélection naturelle » qui, ainsi que le reconnaît M. Darwin (Sélection Naturelle, p. 63, éd. 1876) n'amène pas la variabilité, mais « implique seulement la conservation des variations qui se produisent, lorsqu'elles sont avantageuses à l'individu dans les conditions d'existence où il se trouve ? » Un grand rôle sans doute ; un rôle que nous ne saurions jamais trop remercier M. Darwin LÉ nous avoir si bien démontré ; [mais un rôle indirect seulement, comme celui que jouent aussi le temps et l'espace, et non pas, je crois, le rôle que M. Darwin voudrait lui assigner.

h Lui-même a reconnu que dans les premières éditions de son lOrigine des Espèces 11 « n'avait pas donné assez d'importance à [la fréquence et à la valeur des modifications dues à la variabilité [spontanée ». Et cela implique qu'il a donné trop d'importance au |rôle joué par la « sélection naturelle » dans l’évolution des espèces. Mais 1l donne à entendre qu'il croit encore que l'accumulation Ide petites variations fortuites par la « sélection naturelle » est la Iprincipale cause des différences de structure et d'i instinct que nous voyons. Mais il me semble bien que M. Darwin n’a pas une idée Ntrès nette de ce qu'il veut dire. Et je crois que la prééminence [donnée par lui à la Sélection Naturelle en relation avec l'Origine

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des Espèces l'a conduit malgré lui, et bien qu'il se fût tenu sur ses # gardes (comme le montre bien le paragraphe de la page 63 de la Sélection Naturelle que j'ai cité plus haut), — l'a conduit, dis-je, à regarder la « sélection naturelle » comme rendant compte, en quelque sorte, de la variation. Exactement comme l'usage de cet adjectif dangereux : ( spontané », — bien qu'il soit souvent en garde contre lui et qu'il le fasse fréquemment précéder du mot « prétendu », — paraît l'avoir conduit à une grave confusion de pensée dans 1 passage que je viens de citer.

Car, après avoir dit qu'il n'avait pas donné assez d'importance « à la fréquence et à la valeur des modifications dues à la variation spontanée », il ajoute : « Mais il est impossible d'attribuer à cette cause les innombrables structures si bien adaptées au genre de vie de chaque espèce ». C'est-à-dire : qu'il est impossible d’attribuer ces innombrables structures à la variabilité spontanée.

Qu'est-ce donc que la variation spontanée ?

Évidemment, d’après le paragraphe précédent, M. Darwin ne veut pas parler d'autre chose que de « la prétendue variation spontanée » telle que nous la voyons dans « l'apparition d'une rose. moussue sur un rosier commun, ou d'une pêche lisse sur un pêcher ordinaire », faits qu'il donne comme de bons exemples de variation spontanée.

Or, ces variations, après tout, ont une cause : mais cette cause nous est inconnue, la ( variation spontanée » ne signifiant pas autre chose qu'une variation due à des causes que nous ignorons : mais elle n'est en aucun sens une cause de variation. De sorte que lorsque nous considérons attentivement le sens exact de la phrase de M. Darwin, nous nous apercevons qu'il revient à ceci : qu'il est impossible d'attribuer à des causes inconnues les innom- * brables structures si bien adaptées, etc...

« Je ne peux pas plus croire cela », poursuit M. Darwin, « que je ne peux croire que les formes si bien adaptées du cheval de course ou du lévrier — qui, avant que le principe de la sélection ! par l'homme eût été bien compris, paraissaient si étonnantes aux anciens naturalistes, — peuvent s'expliquer ainsi ». (Sélection |

Naturelle, p. 171, éd. 1876.)

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