‹ La vie et l'habitude, traduit de l'anglaisChapitre 115 sur 135 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

dants, dont le hasard aurait pu rompre la chaîne à n'importe quel moment. Sans doute, la millionième répétition aurait différé d'une manière très notable de l'original, — presque autant, peut-être, que nous différons de la cellule primordiale. Mais elle n'en aurait différé que par addition, et, pas plus que l’eau ne peut s'élever au-dessus de son propre niveau, l'être n'aurait pu, à aucune de ses générations, reprendre et poursuivre son développement sans avoir passé par cette phase initiale durant laquelle il doit être ce que son premier ancêtre était, et faire ce que son premier ancêtre fit, et sans refaire tous les pas, — ou du moins un nombre suffisant des pas — grâce auxquels il avait atteint sa plus récente différentiation.

C'est qu'en effet, ou je me trompe fort, l’idée même de reproduction implique que l'être qui se reproduit, — à quelque degré de puissance et de facilité d'adaptation qu'il parvienne, — doit cependant toujours recommencer par lui-même à chaque génération. Mais, la cellule primordiale étant capable de se reproduire, non pas une seule fois, mais un grand nombre de fois, chacun des êtres qu elle produit doit jouir de la même faculté ; et de là vient la progression géométrique de l'augmentation du nombre des individus, — et les différences de types que nous voyons. À chaque génération, l'être repasse rapidement et inconsciemment par toutes les premières phases dont il a une expérience illimitée, et pour lesquelles les conditions où il se trouve placé sont reproduites avec assez d'exactitude pour ne provoquer chez lui aucune erreur dans ses souvenirs ni aucune hésitation. Mais, à chaque génération, lorsqu'il en arrive à l'endroit où sa marche n'est plus si bien tracée, il devient conscient, — tout en restant inconscient à l'égard de ce qui demeure encore tout tracé dans sa marche, comme par exemple, à l'égard de la respiration, de la digestion, etc... C'est ainsi que des organes qui ont toute l’apparence d’avoir été faits intentionnellement, tels que la pointe que l'embryon du poussin prépare pour son bec, doivent finir par se faire pour ainsi dire par cœur, bien qu'ils aient eu pour origine une intention.

Ce n'est pas le principe de l’évolution qui est en question, mais la cause principale qui a fait que l’évolution aboutit à telles

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