‹ La vie et l'habitude, traduit de l'anglaisChapitre 117 sur 135 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

change avec le temps et les circonstances. Mais cette loi n’exerce pas, sur les directions dans lesquelles coule le fleuve de la vie, une influence différente de celle qu'ont toujours exercée les autres lois, naturelles ou artificielles, sur le développement et la large

- différentiation des métiers et des professions chez la race humaine.

Or, ces métiers, ces professions tirent leur origine des besoins et des expériences de l'humanité, plutôt que d'aucune loi.

Pour exprimer la même idée en d’autres termes, supposons que les petites variations avantageuses soient beaucoup plus souvent conservées, proportionnellement à leur nombre, qu'elles ne le sont probablement en réalité ; et supposons que les grandes variations soient encore plus rares qu'elles le sont sans doute : comment alors expliquerons-nous une variation quelconque ? La « sélection naturelle » ne saurait créer la plus légère variation, à moins quelle n'agisse par l'intermédiaire de la perception (inconsciente mais pourtant claire) qu'a l'animal de la façon dont elle opère. La « sélection naturelle » opère sur ce qu'elle trouve, et non pas sur ce qu'elle a fait. Vous dites : Les animaux qui ont eu de la sagesse et du bonheur vivent plus longtemps et se reproduisent davantage que d’autres qui ont eu moins de sagesse et de bonheur. D'accord. Les animaux sages et heureux transmettent leur sagesse et leur bonheur. D'accord. Ils accroissent leurs facultés et varient dans des directions très divergentes. D'accord. Mais d'où cela vient-il ? Assurément, du fait qu'ils ont été capables d’éprouver des besoins, et qu'ils ont différé par leurs besoins et par la manière dont ils les satisfaisaient, et qu'ils ont continué à vivre de génération en génération, — plutôt que du fait que, lorsqu'ils étaient sages et heureux, ils prospéraient et donnaient naissance à un plus grand nombre de descendants. Sans doute ce dernier fait est un accessoire guère moins important pour le développement de l'espèce que la continuation de la vie elle-même ; mais c'est un accessoire du même genre que cette continuation, car si les animaux continuent à vivre, il leur faut vivre d’une certaine manière, et ils s’apercevront qu'il y a de bonnes et de mauvaises manières de vivre. L'animal qui trouve la bonne manière acquerra peu à peu de nouvelles facultés, et ainsi les

espèces iront s’éloignant de plus en plus les unes des autres. Mais il faut chercher l'origine de ces phénomènes, non pas dans la ‘ puissance qui décide si telle ou telle manière de vivre était bonne, mais dans la cause qui détermine la créature à expérimenter, consciemment ou non, telle ou telle manière.

Mais M. Darwin pourrait dire que ce n'est pas là une façon loyale de présenter le point en litige. Il pourrait nous dire : « C’est une pétition de principe. Il vous plaît de supposer que les animaux ont une tendance inhérente à progresser, alors que je dis que cette idée ne repose sur aucune preuve certaine. Ce que Je soutiens, c'est que les différences qui se sont produites de temps à autre ont été amenées par des causes qui sont tellement au delà de notre compréhension que nous ne pouvons que les appeler spontanées ; et que, s'il en est ainsi, la sélection naturelle, à laquelle vous êtes bien forcé de reconnaître un rôle important au moins dans l'accumulation des variations, doit être aussi considérée comme la chose la plus proche de la cause des différences spécifiques, que nous pouvons atteindre ».

C'est ainsi qu'il écrit (Sélection Naturelle, p. 176, éd. 1876) : « Bien que nous n’ayons aucune preuve certaine de l'existence, chez les êtres organisés, d'une tendance innée au progrès, cependant c'est ce qui résulte forcément de l’action continue de la sélection naturelle, ainsi que j'ai cherché à le faire voir dans le Chapitre IV ». M. Darwin ne dit pas que les êtres organisés n’ont aucune tendance à varier. Il dit seulement qu'il n'y a pas de preuve certaine qu'ils aient ( une tendance au progrès », expression qui, me semble-t-il, signifie que les êtres aperçoivent un idéal très en avant d'eux, et très différent de leur état actuel ; qu'ils croient que cet idéal leur conviendra ; et que, par conséquent, ils marchent dans sa direction. Je donne raison sur ce point à M. Darwin, car cela est contraire à toute expérience. Je doute que les plantes et les animaux aient aucune tendance innée à varier, et ce qui m'en fait douter, c'est que je vois, d’après les Plantes et les Animaux à l'état domestique que M. Darwin lui-même ne le croit pas. Je suis disposé, plutôt, à penser qu'ils n’ont qu’une faculté innée de varier légèrement, selon les changements qui surviennent dans

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