CHAPITRE XIII
se soit peu à peu rendu compte des avantages qu’elle pouvait tirer de l’abeille, et qu'elle ait pris la juste résolution d'en user, — que je ne peux croire qu'une souricière ou une locomotive sont le résultat de l'accumulation de petites variations aveugles et fortuites chez un être appelé l’homme ; lequel être n'aurait jamais désiré avoir ni souricières ni locomotives, mais était doué d'une espèce de tendance générale à en faire, et avait trouvé avantage à en faire, en sorte que ceux de cette race qui avaient cette tendance à en faire survivaient et laissaient des descendants qui, à leur tour, auraient cette même tendance, et par conséquent continueraient à faire un plus grand nombre de souricières et de locomotives.
Si nous poursuivons plus loin cette comparaison : pouvonsnous croire un seul instant que ces additions à nos membres, — car les machines sont cela, — ont eu pour principale origine l'apparition casuelle d'individus qui, sans dessein de leur part,
les ont pourtant faites plus ou moins bien, et qui, par suite, ou :
bien ont survécu et ont transmis leur perfectionnément, ou bien ont péri, eux et leur incapacité du même coup ?
Quand je pourrai croire une chose semblable, alors, — et seulement alors, — je croirai en une origine des espèces qui n’a pas pour principaux facteurs le sentiment du besoin, la foi, l’intelligence et la mémoire. Alors, et seulement alors, je pourrai croire que des organes tels que l'œil et l'oreille ont pu être produits autrement que par cette espèce d'ingéniosité mentale et de capacité morale aussi bien que physique sans lesquelles, jusqu “alors, j'aurai pensé qu'une invention comme celle de la locomotive était impossible.