‹ La vie et l'habitude, traduit de l'anglaisChapitre 121 sur 135 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

de citer : l'expression « la théorie de la sélection naturelle ». Il

| me semble y voir en effet l'erreur que je crois retrouver d’un bout à l’autre de l’œuvre de M. Darwin, je veux dire : l'erreur de

croire que la « sélection naturelle » est une théorie, — si même on peut dire que c'est une #héorie, — qui explique en quelque manière l’origine de la variation et par conséquent des espèces. Car la « sélection naturelle » est, comme nous l'avons vu, incapable d’ « amener la variabilité », et n’est capable que d'accumuler cela qui — à l’occasion de chaque variation successive, et par consé-

quent durant toute l’évolution, — a dû forcément être produit

par une autre cause.

C'est ainsi que M. Darwin écrit : « Quand'on considère la ques-

tion de l’origine des espèces, il est tout à fait concevable qu'un

naturaliste, en réfléchissant aux affinités mutuelles des êtres organisés, ou à leurs rapports embryologiques, leur distribution géographique, leur succession géologique, et à d’autres faits du même ordre, pourrait en arriver à conclure que les espèces n'ont

pas été créées séparément, mais que, de même que les variétés,

elles descendent d’autres espèces. Cependant, une telle conclusion, même si elle était bien fondée, ne laisserait pas d'être peu convaincante tant que l’on n'aurait pas montré comment les innombrables espèces qui habitent ce monde ont été modifiées de façon à acquérir cette perfection de structure et de co-adaptation qui provoque justement notre admiration ». (Origine des Espèces, p. 2, éd. 1876.)

. Après avoir lu cela, nous avons l'impression qu'on ne saurait rien demander de plus satisfaisant. Nous avons la certitude d'être entre les mains de quelqu'un qui peut vraiment nous dire

. & comment les innombrables espèces qui habitent ce monde ont

été modifñées », et ne sommes pas moins certains que, malgré que , . . . . L2 .

d'autres aient pu écrire aussi sur ce sujet, personne n'avait jus-

qu'ici offert une explication satisfaisante du grand principe qui

hi

- a présidé à cette modification. Là-dessus, commence un livre

charmant, rempli de faits concernant les animaux, et qui tous montrent que l'espèce est due à de petites modifications successives accumulées selon la marche de la nature. Mais on ne peut

pas supposer que Lamarck ait jamais douté de cela : car il n’a jamais pu vouloir dire qu'une forme inférieure de la vie se soit transformée, d’une seule ou de deux grandes enjambées, en un éléphant ; et s’il n'a pas voulu dire cela, il n’a pu que vouloir dire qu'elle s'était transformée en un éléphant par l'accumulation de petites modifications successives. Il a dû voir que ces modifications pouvaient, selon le plan de la nature, s’accumuler ; et s’il n’a pas insisté sur la manière dont cette accumulation s’accomplit, c’est qu'il est évident que cette question est d'importance secondaire en comparaison de la question de l’origine même de ces variations. Cependant, d'un bout à l’autre du livre de M. Darwin, nous restons persuadés que nous sommes en train d'apprendre ce qu'on nous avait promis de nous apprendre : et les faits allégués nous convainquent si bien que l'évolution doit, d’une façon ou d’une autre, être vraie, et nous sommes tellement reconnaissants de voir qu'on nous permet de le penser, que nous fermons le livre sans comprendre que, tandis que Lamarck, lui, présentait réellement une grande cause générale de variation, — cause dont, en dépit d'erreurs de détail, l’insufñisance est encore à démontrer, — la principale cause de la variation présentée par M. Darwin se réduit à un aveu d'ignorance.

Mais que cela ne soit pas pour nous une raison d'admirer moins l'œuvre accomplie par M. Darwin. N'importe qui peut faire accepter au monde une vérité, s'il la lui présente de la manière qui convient. Mais M. Darwin nous a fait accepter l’évolution malgré qu'il nous l'ait présentée d'une manière qui, au regard d'un assez grand nombre de gens, est tout à fait erronée. Et cependant son triomphe est complet, car désormais on aüra beau bouleverser les fondations, on ne pourra pas ébranler l’édifice, le principe qui est maintenant si couramment admis qu'il | n'a plus besoin du soutien de la raison, et qui est aussi difficile à détruire qu'il fut à l'origine difhcile à étabhr. Il n'y a pas vingt ans, on ne rencontrait jamais personne, et on n'entendait jamais parler de personne, qui admît l'évolution. Nous ne savions même pas qu'on eût jamais émis une telle doctrine. Seulement, de temps à autre, nous entendions quelqu'un dire qu'il existait un livre

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