‹ La vie et l'habitude, traduit de l'anglaisChapitre 122 sur 135 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

très dangereux qui errait par le monde comme un lion en chasse, ét qui était intitulé Les Vestiges de la Création. Sux quoi nous disions que nous ne le lirions pour rien au monde, de crainte qu'il n’ébranlât nos croyances ; et puis, en hochant la tête, nous parlions de la sottise msigne et de l’impiété de ces spéculations superficielles. Le Livre de la Genèse n'avait-il pas été écrit pour nous instruire de ces choses ? Et cependant aujourd'hui, y a-t-il quelqu'un qui songe sérieusement à nier les principes généraux de l’évolution ? Je ne peux pas croire qu'il y ait actuellement un seul de nos évêques, sur leur banc de la Chambre des Lords, qui ne les admette pas. Quoi ! les « prêtres saints » eux-mêmes bénissent l’évolution comme leurs prédécesseurs bénissaient Cléopâtre : quand ils ne le devraient pas. Ce n’est pas à l’homme qui le premier conçoit une idée, ni à celui qui la met sur pieds et la fait marcher droit, que revient la part la plus importante dans la diffusion d’une doctrine ; mais à celui qui, soit avec de bonnes raisons, soit avec de mauvaises raisons, fait accepter au monde le principe même de cette doctrine. Et c’est là ce que M. Darwin a fait pour l'évolution. Il nous a fait croire que nous connaissons l’origine des espèces, et par conséquent des genres, malgré qu'il ait fait les plus grands efforts pour nous affirmer que nous ne savons rien. des causes dont l'immense majorité des modifications provient ; c'est-à-dire qu'il nous a persuadés que nous connaissions à fond la route suivie, alors qu'il nous a bandé les yeux, presque avec ostentation, à chaque pas du voyage. Mais iusqu'à la fin des siècles, si quelqu'un demande : « Qui donc a enseigné aux hommes à croire à l’évolution ? » il ne pourra y avoir qu'une

réponse : « Ce fut M. Darwin ».

M. Mivart fait valoir avec beaucoup de force la difculté d’expliquer la mise en marche d'une modification sur laquelle la « sélection naturelle » doit opérer, et de montrer comment un être peut varier dans une direction précise. Par exemple, après avoir cité, d'après M. Wallace, quelques-uns des cas étonnants de « mimétisme » qu'on rencontre chez les insectes, il s'exprime comme sut :

RENE CA Aes LR SSL din ETES RATUPAAEE DER POTERIE

« Supposons donc, — ainsi que nous devons le faire pour être d'accord avec la doctrine darwinienne, — que les ancêtrés de ces divers animaux aient tous été dépourvus des moyens de protection très spéciaux qu'ils possèdent actuellement. Admettons aussi que de légères déviations de leur forme ou de leur coloration précédentes aient eu pour résultat de soustraire à la destruction quelques-uns de leurs ancêtres, en faisant qu'ils échappassent plus ou moins fréquemment aux regards de leurs persécuteurs, ou que ceux-ci les prissent pour d’autres. Îl n’en reste pas moins vrai que, dans chaque cas, cette déviation devait avoir, ainsi que. l'événement l’a prouvé, une direction précise, par exemple vers une ressemblance avec quelque autre animal ou quelque autre plante, ou avec quelque substance morte ou inorganique. Mais comme, selon la théorie de M. Darwin, il y a une tendance constante à une variation indéfinie, et comme les légères variations #" haissantes doivent avoir lieu dans toutes les directions, elles doivent tendre à se neutraliser les unes les autres, et à former tout d’abord des modifications si instables qu'il est difficile, sinon impossible, de comprendre comment les modifications si indéfinies de ces commencements si insignifiants peuvent parvenir à composer une ressemblance suffisamment appréciable avec une feuille, un bambou, ou quelque autre objet, pour que la « sélection naturelle » s'en empare et la perpétue. Cette difficulté s'accroît lorsque nous songeons — et c'est un point sur lequel j'insisterai plus loin, — combien il est nécessaire qu'un grand nombre d'individus présentent simultanément les mêmes modifications. Cet argument a été mis en avant dans un excellent article de la North British Review de Juin 1867 (p. 286) ; et la lecture de cet article a décidé M. Darwin (Origine des Espèces, 52 éd., p. 104) à modifier notablement sa manière de voir ». (La Genèse des Espèces, p. 38.)

À cela M. Darwin réplique : à

« Mais dans tous les cas précités, les insectes, dans leur état primitif, avaient sans doute quelque ressemblance grossière et accidentelle avec un objet communément répandu dans les lieux qu'ils fréquentaient d'ordinaire. Et cela n’a rien d'improbable, étant donné le nombre presque illimité des objets environnants

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