CHAPITRE XIV
et la diversité de forme et de couleur de la multitude des insectes ». (Sélection Naturelle, p. 182, éd. 1876.)
Or, M. Mivart vient de dire :
« Il est difficile de comprendre comment les modifications si indéfinies de ces commencements insignifiants pewvent parvenir à composer une ressemblance suffisamment appréciable avec une feuille, un bambou ou quelque autre objet, pour que la « sélection naturelle » opère sur elle ». |
La réponse, c'est que la « sélection naturelle » n’a commencé à opérer que lorsque, grâce à des causes inconnues, une ressemblance appréciable a pourtant été produite. Je crois que le lecteur pensera, comme moi, que le développement de la forme la plus inférieure de la vie en un être qui a même « une grossière ressemblance » avec les objets communément répandus dans les lieux qu'il fréquente sous sa forme actuelle, demande une explication plus complète que celle que nous en offre le mot « accidentelle ».
M. Darwin continue : « Comme il est nécessaire qu'il y ait pour point de départ quelque ressemblance grossière. » et un peu plus loin il ajoute : « Supposons qu'un insecte ait primitivement ressemblé, dans une certaine mesure, à une petite branche morte ou à une feuille en décomposition, et qu'il ait varié légèrement en de nombreuses directions ; dans ce cas, toutes les variations qui augmentaient la ressemblance de l’insecte avec ces objets, et le rendaient ainsi plus capable d'échapper à la destruction, devaient se conserver, alors que d’autres variations étaient négligées et finissaient par disparaître ; ou bien, si elles diminuaient sa ressemblance avec l'objet imité, elles étaient supprimées ».
Mais ici, encore une fois, on nous demande de commencer par la Sélection Naturelle, alors que l'ouvrage se trouve presque entièrement fait grâce à des causes dont on ne nous apprend
absolument rien. Nous pouvons, je crois, nier avec assurance .
que ces insectes aient primitivement ressemblé dans une certaine
mesure à une petite branche morte ou à une feuille en décom-
position. Et quand nous songeons que les variations doivent se faire dans toutes les directions, puisque M. Darwin les suppose indéfinies ou sans but, nous ne pouvons pas oublier le point
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sur lequel M. Mivart insiste, et qui est : qu'il y a beaucoup de chances pour qu'un grand nombre de variations avantageuses soient contrebalancées, chez le même être, par d’autres variations désavantageuses. Et d'autre part, pour qu'une variation laisse son empreinte sur une race et ne soit pas absorbée au bout d'un petit nombre de générations, il faudrait certainement, comme M. Mivart le fait remarquer dans un passage sur lequel je vais bientôt attirer l’attention du lecteur, — il faudrait qu'un grand nombre d'individus présentant la même variation apparussent en même temps : or 1l n'y a guère d'apparence que cela soit possible, si les variations sont vraiment fortuites.
« Il y aurait en effet », poursuit M. Darwin, « une certaine force dans l’objection de M. Mivart, si nous cherchions à expliquer ces ressemblances indépendamment de la « sélection naturelle » et par une simple variabilité flottante ; mais les choses étant comme elles sont, cette objection tombe d'elle-même ».
Cela revient à dire que, s'il n'y avait pas dans la nature une puissance qui opère de telle sorte que, de toutes les variations flottantes, celles-là seules se conservent qui accroissent la ressemblance avantageuse pour l'animal, il serait alors difficile de comprendre comment cette ressemblance a pu se produire ; mais que, du moment qu'il existe, au début, une ressemblance avantageuse, et qu'il y a dans la nature une puissance qui conserve et accumule les ressemblances avantageuses qui surgissent par la suite, quelle qu’en soit la cause, cette difñculté disparaît. Mais M. Mivart, j'en suis sûr, ne nie pas, ainsi que le suppose M. Darwin, l'existence de cette puissance. Si je l'ai bien compris, ce qu'il me, c'est que l’action de cette puissance sur de petites variations fortuites soit le moins du monde le procédé évident et simple qu'il paraît être à première vue. Il pense, et je crois que le lecteur sera de mon avis, que ce procédé est trop lent et trop hasardeux. Ce qu'il désire savoir, c’est comment l'insecte en est arrivé à ressembler, même grossièrement, à l’objet, et comment, si ses variations sont imdéfinies, il se trouvera, à aucun moment, dans une condition telle qu'on puisse dire qu'il y a progrès, attendu que l'être qui a varié avantageusement est constamment sujet
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