‹ La vie et l'habitude, traduit de l'anglaisChapitre 15 sur 135 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Le Saint George de Donatello. Si ces êtres-là avaient voulu étudier, ils avaient assez de cerveau pour le faire. Mais imaginez de « quel poids de mépris se chargerait bellement » le front de la Vénus de Milo si quelqu'un lui donnait le conseil d'apprendre à hre ! A votre avis, qui est le plus savant : le Thésée, ou n'importe lequel de nos professeurs modernes ? Sans doute le progrès de la science La dû avoir une grande part dans les progrès de la beauté, d'autant plus que la beauté n'est que la science accomplie et incarnée. Mais chez les pionniers, c'est sic vos non vobis : la grâce n'est pas pour eux, mais pour ceux qui viennent après eux. La science l'est comme le scandale : 1] faut qu'elle arrive, mais malheur à | l'homme par qui elle arrive. Car il ne peut guère ï avoir de beauté | où il ya conscience de savoir, et tant que le savoir est encore nouveau, il ne peut pas n'être pas accompagné de beaucoup de cons- ‘cience.

Ce n’est donc pas le savoir qui est incompatible avec la beauté : il n'y a jamais trop de savoir ; mais il faut qu'il se soit puriñé “en passant par bien des gens (qui, c'est à craindre, doivent être plus ou moins désagréables), pour que la beauté ou la grâce ‘consentent à l’accueillir ; il faut que ce savoir soit tellement mcarné ‘dans tout l'être d’un homme que cet homme l'ignore, sans quoi dl en est empêtré et gêné, comme celui qui est sous la Loi et non Msous la Grâce.

… Et la grâce est ce qu'il y a de meilleur ; car là où est la grâce, l'amour n'est pas loin. La grâce ! le vieil idéal païen, auquel Je disgracieux Paul lui-même ne put résister ; la grâce devant Maquelle, suivant la légende, il sentit son âme fondre en lui et son

| cœur défaillir, tandis que, seul, et debout sur le rivage, au cré-

« Il troublait le ciel sourd de ses cris inutiles »,

Hemandant, de sa voix grêle, la grâce selon la chair.

Et les vagues venaient l’une après l’autre ; les mouettes assemblé ; jetaient le cri de leur race ; le vent Rae dans les roseaux desséchés des dunes : et une voix descendit du ciel, qui prononça lces mots : « Que M: Grâce te sufhse ». Sur quoi, à défaut de la

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