‹ La vie et l'habitude, traduit de l'anglaisChapitre 18 sur 135 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

APPLICATION DE CE QUI A ÉTÉ DIT DANS LES PRÉCÉDENTS CHAPITRES A CERTAINES HABITUDES ACQUISES APRÈS LA NAISSANCE, ET QUI SONT D'ORDINAIRE CONSIDÉRÉES COMME INSTINCTIVES.

Ce qui est vrai du savoir est vrai aussi du vouloir. Plus intensément nous voulons et moins notre volonté est réfléchie et sus-

ceptible d’être reconnue comme volonté. Et en effet on entend

fréquemment des hommes affirmer, dans certaines circonstances, que leur volonté n'a eu aucune part à leur propre action, mais qu'ils y ont été poussés par la violence de la passion ou la force

… de la tentation. Mais dans les actions plus ordinaires de l'existence,

comme celles de marcher ou de respirer, nous remarquons que nous ne voulons rien d'une manière absolue et sans un reste d'hésitation, tant que nous n'avons pas perdu de vue le fait que

* nous sommes en train d'exercer notre volonté.

Donc la question suivante s'impose à nous : jusqu'où ce principe s ’étend-il ? et n vi aurait-il pas quelques exemples de son action, inaperçus jusqu ici, et qui, si nous les examinions de

} plus près, nous conduiraient à des conclusions inattendues ?

Si l’on admet que la conscience de savoir et de vouloir disparaît quand le savoir et le vouloir sont devenus intenses et parfaits, ne

“ se pourrait-il pas que bien des actions que nous accomplissons “ sans savoir comment nous les accomplissons, et sans exercice » conscient de notre volonté, — des actions que nous ne pourrions

on La db dl 1 SOS Da el y} COM e ANT, UE His)

certainement pas faire si nous essayions de les faire, ni nous

empêcher de les faire si, pour une raison quelconque, nous dési-

rions nous en empêcher, — ne se pourrait-il pas que les actions de ce genre ne s’accomplissent si facilement et si inconsciemment que par excès de savoir ou de pratique de notre part (et non pas faute de savoir et de pratique), parce que nous les avons accomplies trop souvent, savons trop bien les faire, et éprouvons trop peu d'hésitation en ce qui concerne la marche à suivre, pour pouvoir nous rendre conscients de notre propre action sans la bouleverser de fond en comble ? ou, dans d’autres cas, parce que nous avons depuis si longtemps réglé la question, que nous avons rangé tout l'appareil dont nous nous servons pour agir dans des coins de notre système où il nous est désormais presque impossible de l'atteindre ?

Il peut être intéressant de chercher s'il n'y aurait pas une classe — ou plusieurs classes — d'actions qui sembleraient relier

des actions dont nous étions, pendant quelque temps après notre

naissance, absolument incapables, et dans l’accomplissement desquelles il est clair que nous avons atteint la phase inconsciente au moyen d'efforts et d'échecs répétés, et par ce moyen-là seulement, — avec des actions que nous étions capables d'accomplir dès l'instant de notre naissance, et dont il semblerait, au premier abord, absurde de dire qu'elles ont pu être acquises par aucun procédé le moins du monde analogue à celui auquel nous donnons en général le nom d'expérience, attendu que la créature qui les accomplit vient tout juste de commencer à exister et ne peut donc, de toute nécessité, avoir la moindre expérience.

Pouvons-nous constater que des actions, pour l'acquisition Mk

desquelles l'expérience est une nécessité tellement évidente que

chaque fois que nous en constatons l'acquisition nous en inférons,

l'expérience, se fondent par degrés imperceptibles en des actions qui sembleraient, d'après toutes les règles de l'analogie, présupposer l'expérience, alors qu’en réalité l'époque et le lieu où cette expérience a été acquise paraissent environnés d'une obscurité impénétrable, si même il ne semble pas tout à fait impossible que cette expérience ait été acquise ?

RE RRRR rg SE

Page 1