CHAPITRE III
* de se passer de l'expérience, dont nous constatons la nécessité . absolue dans tous les autres cas où une créature quelconque ) parvient, grâce à cette expérience seule, à exécuter avec succès des opérations compliquées ?
Qu'est-ce que c'est que cette expérience de la race, dont on nous rebat les oreilles, comme si l'expérience d'un homme pouvait profiter à un autre homme qui n’a jamais entendu parler de lui ? Si vous dinez, c'est vous, et non pas votre prochain, que votre dîner nourrit ; si vous apprenez un art difhcile, c'est vous qui le pratiquez et non pas votre prochain. Et pourtant, dans la réalité, la transmission de l'expérience par simple délégation, qui semble si contraire à ce que nous avons coutume de voir, paraît néanmoins être de règle chez les créatures et leurs descendants. Ÿ a-t-il donc quelque moyen de réunir ces phénomènes, en apparence si contraires, sous l'opération d'une même loi ? Y at-il quelque moyen de montrer que cette expérience de la race dont on parle tant sans essayer le moins du monde de montrer de quelle manière elle peut devenir, ou devient en effet, l’expérience de l'individu, est, réellement, et sans paradoxe, l’expérience d’une seule et unique créature, qui répète un grand nombre de fois et d'un grand nombre de manières différentes certaines actions qui lui sont devenues excessivement familières ?
Il semblerait que nous devons, ou bien supposer que les conditions de l'expérience durant les toutes premières phases de la ve sont différentes de ce que nous les voyons devenir pendant l période de jeunesse et de plénitude de toute existence, — et ce serait là une supposition bien gratuite, et seulement acceptable e1 tant qu'hypothèse en l'air, parce que les commencements de k vie sont tellement enveloppés d’obscurité que, sous le couvert c'un pareil crépuscule, nous pouvons fort bien dire tout ce qu’il tous plaît sans risquer d'être contredits ; — ou bien admettre que la continuité de la vie et l'identité entre les créatures vivantes, plantes et animaux, et celles qui naissent d'elles, sont bien plus ttroites et complètes que nous l'avons cru jusqu’à présent ; en sorte que, s'il n'est pas exact de dire qu’un individu jouit de expérience de son prédécesseur, il faut du moins, et plutôt,
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dire que ce successeur n’est réellement, bona fide, qu'une partie » de l'existence de son prédécesseur ; imprégné de tous les souvenirs, profitant de toutes les expériences, de ce prédécesseur, — souvenirs et expériences qui, en fait, sont les siens ; et inconscient de leur étendue uniquement à cause de leur immensité et de leurs répétitions déjà innombrables.
Et certes © ‘est un curieux ensemble de coïncidences qui se présente à nous lorsque nous constatons :
[. — Que nous sommes le plus conscients — et que nous avons le plus de pouvoir sur — des habitudes telles que la parole, la position verticale, les arts et les sciences, qui sont des acquisitions particulières à la race humaine, toujours acquises après la naissance, et que nous ne possédons en commun avec aucun ancêtre qui ne fût pas devenu complètement humain.
II. — Que nous sommes moins conscients — et que nous avons moins de pouvoir sur — des habitudes telles que : boire et manger, respirer, voir et entendre, qui furent des acquisitions de nos ancêtres pré-humains, et en vue desquelles nous étions pourvus, dès avant que nous eussions vu le jour, de tous les appareils nécessaires, mals qui sont encore, géologiquement a récentes ou relativement récentes. | IT. — Que nous sommes le moins conscients — et que nous avons le moins de pouvoir sur — notre digestion et notre circulation, qui appartenaient même à nos ancêtres invertébrés et qui, géologiquement parlant, sont des habitudes qui remontent à ure très haute antiquité.
Il y a là-dedans quelque chose qui ressemble trop à de la me thode pour qu'on n Le voie que le résultat d'un pur hasard ; le hasard, du reste, n'étant qu'un exemple de plus de cet an qu'a la Nature pour les contradictions dans les termes ; car to est hasard et rien n'est hasard. Et l’on peut décider que to est dû au hasard, ou que rien ne lui est dû, à volonté ; mais est impossible d'attribuer rien à la fois en partie au hasard ein en partie à ce qui n'est pas le hasard.
Ne dirait-on pas que plus vieille et plus invétérée est l'habi tude, et plus sûr de soi est l’acte de volonté, — jusqu’à ce qu'e