CHAPITRE III
” convictions. Le résidu dont nous nous préoccupons et au sujet duquel nous nous tourmentons, n’est qu'un détail : c'est comme dans les marchandages de la halle, où la discussion ne porte pas sur la masse du prix mais sur les cinq derniers centimes.
. Dirons-nous donc qu’un nouveau-né d'un jour tette (ce qui . implique tout le principe de la pompe et par suite une profonde connaissance pratique des lois de la pneumatique et de l’hydrostatique), digère, oxygénisé son sang (des millions d'années avant que Sir Humphry Davy eût découvert l'oxygène), voit et entend — opérations toutes extrêmement difhciles et compliquées, et qui supposent une connaissance des faits touchant l'optique et l’acoustique en comparaison de laquelle les découvertes de Newton perdent toute importance, — dirons-nous que le nouveau-né qui est capable de faire toutes ces choses à la fois, et de les faire si bien et si régulièrement, sans même pouvoir y appliquer son attention et sans se tromper, ne sait pas les faire, et ne les a jamais faites auparavant ?
Soutenir cela, ce serait contredire toute l'expérience de l’humanité ; et certes c’est à ceux qui le soutiennent qu'il appartient de le démontrer.
Un homme peut faire de temps à autre un coup heureux, * comme on fait ce qu’on appelle au jeu de billard un « vol ». Mais même ces coups-là ne doivent être en avance que de fort peu * sur la généralité des actions de cet homme dans le même domaine. Par exemple, il peut, par un coup de chance, trouver combien font sept fois huit après avoir un peu étudié la table de multipli- . cation, mais il lui sera impossible de trouver de la même manière - la racine cubique de 4,913 s'il n’a pas derrière lui un long apprentissage en mathématiques, pas plus qu’un ouvrier agricole ne serait capable de faire avec succès l'opération de la cataracte. k di donc un homme adulte n’est pas capable de faire une opération aussi simple que celle, mettons : de la cataracte, sans avoir eu une longue pratique chirurgicale et sans avoir fait un grand nombre de fois des opérations de ce genre-là, quelle apparence de raison y at-il à soutenir qu'un être qui est infiniment moins habile - qu'un homme adulte est capable de faire des opérations infiniment
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plus difñailes que celle-là, sans savoir les faire et sans les avoir jamais faites ? [I] n'y a pas la moindre trace de « vol » dans la airculation du sang d’un nouveau-né. Il peut y avoir un peu d’hésitation dans ses tout premiers essais de respiration ; mais cette hésitation, en général, dure bien peu, car, le plus souvent, une heure après la naissance, la respiration, tout comme la circulation, se fait aussi normalement et aussi aisément qu'à n'importe quelle époque ultérieure de l'existence. Dans ces conditions, est-il raisonnable de dire que le nouveau-né fait ces choses sans qu'il sache les faire et sans qu'il les ait jamais faites ; et qu'il ne continue à les faire que grâce à une série ininterrompue de coups heureux pendant toute sa vie ?
Ceux qui se sentent disposés à risquer une telle affirmation feraient bien de trouver quelques autres exemples d'opérations compliquées accomplies par des gens qui n’en savent pas le premier mot et qui ne les avaient jamais faites avant. Qu'est-ce en effet que savoir quelque chose ? Assurément, c'est la faire. Qu'estce qui prouve que nous savons faire une chose ? Assurément, c'est que nous la faisons. Un homme prouve qu'il sait lancer le boomerang en lançant le boomerang. Tous les écrits et tous les discours du monde ne feront pas qu'il n’en soit pas ainsi. Du moment qu'un nouveau-né respire et fait circuler son sang, ipso facto il sait faire cela ; et le fait qu'il ignore qu'il le sait faire n'est qu’une preuve de la perfection de son savoir, et du nombre immense d'occasions antérieures dans lesquelles ce savoir a été déjà mis en œuvre. Comme nous l'avons dit plus haut, il est moins facile de voir à quel moment l'enfant a pu acquérir. son expérience, et l’acquérir de façon à à pouvoir se rappeler si promptement ce qu'il faut faire ; mais il est plus naturel de supposer que les occasions nécessaires n’ont pas dû faire défaut, que de penser que la faculté dont nous constatons l'existence a pu être obtenue sans pratique et sans souvenir.
Si nous remarquions chez un enfant quelque trace de conscience en ce qui concerne sa respiration ou sa circulation, nous pourrions soupçonner qu'il a eu moins d'expérience ou qu'il a moins profité de son expérience, que les autres, — tout comme
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