‹ La vie et l'habitude, traduit de l'anglaisChapitre 25 sur 135 · F | CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

F | CHAPITRE IV

il APPLICATION DES PRINCIPES ÉNONCÉS CI-DESSUS A DES ACTIONS ET A DES HABITUDES ACQUISES AVANT LA NAISSANCE

D Mais si nous avons admis comme un principe que la conscience et la volonté ont tendance à s’effacer dès que, par la pratique, une habitude nous est devenue excessivement familière, de telle À sorte qu'il nous suffira de voir qu'une opération compliquée se | fait inconsciemment pour que nous en concluions qu’elle est le . résultat d'une pratique immémoriale, nous nous apercevrons. | qu'il nous est impossible de limiter l'étendue de ce principe aux } seules actions qui s’acquièrent après la naissance, fût-ce même 4 dans l'instant qui la suit. L'histoire entière du développement h de l'embryon dans toutes ses phases s’impose à notre attention. * On a surfait l'instant de la naissance. Sans doute elle est un trait À sailant dans l’histoire de l'individu, mais non pas plus saillant | que bien d’autres, et certainement beaucoup moins que le début (à de son histoire comme cellule unique réunissant en soi des | éléments dérivés de ses deux parents ; ou peut-être, que n'importe … quel instant de son existence embryonnaire. Car nous demeurons fn incomplets pendant de nombreuses années encore après notre » naissance. Nous cessons d’oxygéniser par délégation notre sang dès que nous naissons, mais nous tirons encore notre nourriture … de notre mère. La naissance n’est que le commencement du doute, à l'éveil en nous du penchant vers le scepticisme, les rêves d'une … aube inquiète, la fin des certitudes et des convictions inébran-

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lables. Ce n’est pas qu'avant la naissance il n'y ait pas eu des convictions flottantes (ce qui est bien regrettable) chez un bon nombre d’entre nous ; ni qu'après la naissance nous ne nous soyons décidés sur bien des points d’une manière assez définitive pour n'avoir plus besoin d'y jamais revenir : pourtant, dans l'ensemble, . la naissance est la fin de ce temps où nous savions véritablement faire ce que nous avions à faire, et le commencement des jours où nous ne savons pas ce que nous voudrions faire, ou ce que nous faisons. C’est donc le commencement de la conscience, et l'enfance est comme l’assoupissement de l’homme qui, en s’éveillant dans son lit, se retourne de l’autre côté et prend un petit supplément de sommeil avant de se lever. Quand nous n'étions pas encore nés, nos pensées suivaient assez sagement la grand'route ; alors nous étions bienheureux : nous pensions comme tout le monde, et nous avions, sur presque toutes les questions, les mêmes opinions qu’avaient eues nos pères et nos mères. La vie n'était pas un art, — et un art très difhaile, bien trop difficile pour qu'on pût l'apprendre dans l'espace d’une vie : c'était une science, dans laquelle nous étions passés maîtres.

Dans ce sens donc, la naissance peut être en effet regardée comme le trait le plus saillant dans la vie de l'homme; mais d'ordinaire on la regarde comme telle dans un sens beaucoup plus étendu : on la considère comme le point à partir duquel nous commençons à vivre. Il serait plus vrai de dire que c'est le point à partir duquel nous cessons de savoir vivre.

Un poussin, par exemple, n'est jamais plus rempli de connaissance, d'activité, de raison et de volonté, que dans le temps où il est à l’état d'embryon dans sa coquille, occupé à faire des os, de la chair et des plumes, et des yeux et des ergots, — sans autres matériaux pour les faire, qu’un peu de chaleur et de blanc d'œuf. Voilà ce qu’on peut appeler faire des briques avec très peu de paille. Il n’y a pas dans le monde entier un homme qui en sache, consciemment et distinctement, autant qu’en sait inconsciemment un œuf de poule au dixième jour de couvaison. Car, certes, l'œuf en doit savoir autant, à sa manière, qu'en sait le poussin. Nous disons du poussin qu'il sait courir çà et là dès qu'il est éclos.

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