CHAPITRE IV Li
. faisant saillie dans la cavité du compartiment voisin, — tout en construisant les parois de ses compartiments avec des grains de - sable ordinaires plus ou moins reliés ensemble, façonne l'orifice conique des cloisons successives en cimentant solidement des grains de quartz ferrugineux qu'elle a dû séparer de la masse du sable ».
« Donner à ces actions », continue le D' Carpenter, « l'épithète vague « d’instinctives », ne nous aide en aucune façon à les expliquer, puisque ce que nous voulons, c'est découvrir le mécanisme grâce auquel elles s'exécutent : or il est extrêmement difhcile de concevoir comment un être aussi simple puisse faire un choix
aussi ingénieux. » (Physiologie Mentale; 4 édition, pp. 41-43). - Voilà de quoi est capable le protoplasma lorsqu'il possède le talisman de la foi, — de la foi qui accomplit tous les miracles, dans les cieux, sur la terre, et dans les eaux qui sont sous la terre. En vérité si un homme a de la foi, même comme un grain de sénevé, encore qu'il ne puisse pas soulever les montagnes, il sera du moins capable d'accomplir ce qui n’est pas moins difhcile : faire un plant de sénevé.
Mais c'est là une espèce de consolation bien stérile, car nous n'avons pas, et les choses étant ce qu'elles sont, nous ne pouvons pas avoir, assez de foi en ce qui ne nous est pas familier, attendu que l'essence même de cette foi implique l'idée de familiarité, chose qui ne peut croître que lentement, en passant de l'expérience à la confiance, et qui à aucun moment ne peut faire de saut brusque. Une telle foi ne peut être basée sur la raison, c'està-dire sur la perception, reconnue par celui qui a cette foi, qu'il l'a, et des raisons pour lesquelles il l’a ; car alors, quand d’autres raisons viendront la heurter, elle cédera. Une maison bâtie sur la raison est une maison bâtie sur le sable. Il faut que nous la bâtissions sur les préjugés en cours parmi nos égaux, et sur leur pratique : car c'est le roc qui, tout en n'étant pas inébranlable, est encore ce qu'il y a de plus difhcile à ébranler.
Mais, quoi qu'il en soit, nous remarquons, d’une manière générale, que l'intensité avec laquelle nous voulons faire une chose et que l'assurance que nous avons de pouvoir la faire, dépendent
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de la longueur du temps pendant lequel nos ancêtres ont désiré faire la même chose avant nous. Car plus ancienne est la coutume, plus invétérée est l'habitude et plus tôt elle se manifeste, — sauf peut-être en ce qui concerne le système reproducteur qui en général est le dernier acte et le couronnement du développement (exception que j'expliquerai plus loin). Et cela continue jusqu'à ce que, pour une raison ou pour une autre, nous renoncions à l’ancienne coutume pour en prendre une nouvelle, à laquelle il nous faut, en règle générale, rester fidèles pendant un nombre immense de générations avant qu'elle parvienne à supplanter définitivement l’ancienne. On peut en citer comme exemple, en ce qui concerne particulièrement notre espèce, l'habitude de respirer au moyen d'ouies, comme les poissons. Nous avons renoncé à cette habitude, mais nous l'avons eue jadis pendant tant de générations qu il nous en reste encore quelque trace. Elle traverse notre vie embryonnaire comme un souvenir COnfus, où comme un rêve, car on ne se défait pas aisément d’une habitude invétérée. D'un autre côté, — pour parler encore d’une manière générale, — plus récente est l’habitude et plus tard se forme son organe, comme c’est le cas pour les dents, la parole et les facultés intellectuelles d'un ordre plus élevé, qui sont choses trop récentes pour pouvoir se développer avant notre naïs- M sance. |
Mais revenons, pour un court moment encore, au D' Carpenter." Il est évident que le D' Carpenter sent bien, comme le doit sentir 4 en effet tout esprit non prévenu, qu'il n’y a pas de raison suffisante ! pour supposer que ces petites parcelles de gelée, dépourvues de « cerveau, d'yeux, d'estomac, de mains et de pieds, mais qui sont k les formes les plus basses qu’on connaisse de la vie animale, ne soient pas remplies de la conscience de leurs besoins, et qu'elles « ne possèdent pas les facultés raisonnantes qui leur permettent « de satisfaire ces besoins d'une manière qui, tout bien considéré, M égale les plus hauts efforts de l’ingéniosité de l'animal le plus élevé : l’homme. Nous n'exagérons rien. Il est vrai qu'au début de ce même passage, le D' Carpenter a dit qu'il était à peine: concevable qu'un être aussi simple « eut une conscience distincte,