‹ La vie et l'habitude, traduit de l'anglaisChapitre 31 sur 135 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

ment imstmctive. Je n’a attiré l'attention du lecteur sur ce passage que pour y montrer un exemple du préjugé intellectuel qu’on trouve chez un grand nombre de penseurs du plus haut mérite, au nombre desquels, autant .que je suis capable d'en juger, bien peu ont de meilleurs titres à notre respectueuse attention que le D* Carpenter lui-même.

Ainsi donc, nous demandons qu'on accorde à l'embryon d’un poussin exactement la même espèce de faculté raisonnante et d'ingéniosité que nous demandons qu'on accorde à l'amibe, ou à nous-mêmes dans les actions intelligentes que nous exécutons une fois parvenus à l’âge adulte. Nous ne demandons pas qu'on admette que cet embryon ait une perception bien nette, ni même qu'il ait aucune perception des pensées qui précèdent en Jui l'acte qu’il exécute, car nous savons que c’est un des traits les plus saïllants de l'activité intellectuelle, qu'après un grand nombre de répétitions cette activité cesse d'être perçue, et que, dans la généralité des cas, elle ne cesse d'être perçue qu ‘après un très grand nombre de répétitions. Le fait que le poussin embryonnaire se fait lui-même toujours aussi exactement que possible de la même manière, nous amène à supposer qu'il serait inconscient de la lus grande partie de son travail, à condition que ce fät toujours e même poussin qui se fit lui-même et se refit un nombre illimité e fois. Or tout ce que nous voyons nous autorise à affirmer qu'il t en effet toujours inconscient de la plus grande partie du mereilleux travail qu'il exécute. Et par conséquent nous avons là ne présomption en faveur de l'hypothèse que c’est bien le même oussin qui se refait lui-même un nombre illimité de fois. Car, ‘après le témoignage de notre propre expérience, une telle inconstence ne s’acquiert que par un seul moyen, qui est : la répétition équente du même acte par un même individu. Comment ce e nous venons de dire est possible, c'est ce que nous allons ir dans les chapitres suivants. En attendant, nous pouvons dire e tout savoir et toute volition semblent n'être que de simples arties du savoir et de la volition de la cellule primordiale (que ous n'entreprendrons pas de définir ici) qui sommeille mais i ne meurt jamais ; qui a grandi, s’est multipliée, s'est diffé-

renciée en la vie unique et multiforme du monde, et qui ne devient …

jamais consciente de savoir ce qu'elle a une fois bien appris, — jusqu'à ce que, pour une raison quelconque, elle se trouve sur le point, ou en danger, de l'oublier.

Par suite l’action d'un embryon qui fait son chemin vers le monde, en partant d’une simple cellule pour devenir un bébé, en se fabriquant à lui-même des yeux, des mains et des pieds avant de naître, nous apparaît comme étant exactement du même genre que l’action de l’homme de cinquante ans qui va à la Cité dire à son courtier de lui acheter tant d'actions de la Compagnie du Great Northern, première série, — c'est-à-dire : un effort de la volonté exercé en temps voulu d'après une balance de considé-

rations touchant l'avantage immédiat du sujet, et dirigé par son.

expérience passée. Et d'autre part, les enfants qui ne parviennent pas jusqu à la naissance sont des prodigues prénatals, des bons à à

-rien, des innovateurs imprudents, ceux qui font de mauvaises affaires soit par leur faute, soit par celle des autres, ou par suite. de mésaventures inévitables ; des êtres qui sont enlevés avant la. naissance au lieu de l'être après. En sorte que le crétin même.

le plus inférieur, et les gens les plus déshérités au point de vue de la santé et de la beauté, peuvent du moins se dire avec fierté

qu ils sont nés. Et certes nous pouvons constater, autour de nous, | que les gens qui ont été conçus sous le signe du Bonheur (origine.

et cause unique de la vertu, et seule vertu par lui-même), et . - 7 Ve : . ,.

qui ont profité de leur expérience, et qui ont su le mieux ce qu'ils

avaient à faire avant de naître, en sorte qu'ils ont fait ce qu'il,

fallait pour être et paraître bien faits, sont en* général ceux qui, durant le restant de leur vie, s'entendent le mieux à vivre : ceux qui se sont le mieux réussis sont aussi ceux qui réussissent le mieux. Il est rare que les gens qui ne se sont plus souvenu de ce

qu'ils avaient à faire pour bien terminer leur propre corps, sachent\ rien mener à bon terme dans la suite. Mais, qu'elle est petite, |

la somme de connaissance que nous pouvons ajouter, — que les Titans mêmes de l'esprit humain ont ajoutée consciemment à! leurs connaissances inconscientes, en comparaison des problèmes résolus par le plus chétif bébé actuellement vivant ; même par

LE ù , =

Page 1