‹ La vie et l'habitude, traduit de l'anglaisChapitre 33 sur 135 · L'IDENTITÉ PERSONNELLE · texte numérisé non relu

L'IDENTITÉ PERSONNELLE

« Quelques-uns ont soulevé », dit l'évêque Butler, « d’étranges objections touchant l'identité personnelle, ou ressemblance parfaite des agents vivants, telle qu’elle est impliquée dans la notion de notre existence actuelle et future, ou même de notre existence à deux instants consécutifs de sa durée. » Mais en vérité il n’est pas facile de voir en quoi réside l'étrangeté de cette objection, si les mots « identité » ou « personnelle » sont pris dans un sens quelque peu précis.

La personnalité est une de ces idées qui nous sont si familières que nous avons perdu de vue les bases sur lesquelles elles reposent. Nous regardons notre personnalité comme un tout simple et limité ; comme une chose, claire, palpable, individuelle, qu'on peut voir marcher dans la rue ou rester assise à la maison ; qui | nous reste tant que nous vivons, et sur les bornes de laquelle il ne peut exister aucun doute dans l'esprit des gens raisonnables. Mais en réalité, ce ( nous » qui paraît si simple et si défini, est un agrégat nébuleux et indéfinissable d'un grand nombre de parties constituantes qui sont si loin de faire bon ménage ensemble, que le fait même que nous percevons notre existence est peutêtre dû précisément à la guerre qu'elles se font en nous, de même que notre perception du son et de la lumière est due au conflit des vibrations. En outre, comme les parties constituantes de notre

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identité changent de moment en moment, notre personnalité devient une chose qui dépend du temps présent, qui n’a pas d'existence logique, mais qui vit uniquement de la tolérance des temps passé et futur, et nous échappe pour faire retour au domaine de l'un ou de l’autre de ces deux ayants-droit dès l'instant que nous essayons de la saisir. Et ce n'est pas assez que notre personnalité soit aussi fugitive que le moment présent, mais il faut encore que certaines des parties qui la constituent se fondent si imperceptiblement dans — et soient si inextricablement liées à — des choses extérieures qui ne font visiblement pas partie de notre personnalité, que lorsque nous voulons demander compte à nous-mêmes de nous-mêmes, et déterminer en quoi nous consistons, ou que nous cherchons à savoir au juste où nous commençons et où nous finissons, nous échouons complètement : il ny” a rien que fusion et confusion. |

Le point de vue théologique étant écarté, et à ne considérer : que l'expérience journalière et commune de l’humanité, nous devons admettre que notre corps fait partie de notre personnalité. » Avec la destruction de notre corps, notre personnalité — du moins « pour autant que nous la pouvons suivre, — s'achève brusque- M ment, et à chaque modification qui se produit dans notre corps correspond une modification de notre personnalité. Mais où“ finit, où commence notre corps ? Il est composé de parties dont ; quelques-unes sont si peu importantes qu ‘on ne peut guère les faire rentrer dans notre personnalité, et qu’elles se peuvent séparer“ de nous sans que leur disparition ait un effet perceptible ; par exemple : un cheveu, les ongles, et le déchet quotidien de nos tissus. D'autres parties, au contraire, sont très importantes : nos mains, nos pieds, nos bras, nos jambes, etc... ; mais elles new sont pas des parties essentielles de notre ( moi » ou de notre « âme », puisque |’ « âme » ou le « moi » survivent à leur amputa-* tion. D'autres parties encore : le cœur, le cerveau et le sang, sont si essentielles que nous ne pouvons pas nous en passer ; et cependant on ne peut pas dire que notre personnalité consisten en l'une quelconque d'entre elles. $

Chacun de ces membres constituants de notre personnalités

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