‹ La vie et l'habitude, traduit de l'anglaisChapitre 35 sur 135 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

tence, et ne transforme la terre et l'humidité en froment que grâce À la présomptueuse confiance qu'il a dans sa propre habileté à le faire, — confiance, ou foi en soi-même, sans laquelle il serait impuissant ; et le lichen ne pousse sur la roche granitique que parce qu'il s’est d’abord dit : « Je crois que je peux le faire », de sorte qu'il ne serait pas capable de pousser s'il ne s’en croyait pas capable, et ne s'en croirait pas capable s'il ne voyait pas qu'il le peut ; et il passe sa vie à raisonner ainsi en un cercle des plus vicieux, basant son action sur une hypothèse qu'il fait ensuite servir de base à son action), — en admettant, dis-je, que nous savons ce qu'on entend par ( personne », nous disons que nous sommes une seule et même personne depuis l'instant de notre naissance jusqu à l'instant de notre mort ; en sorte que tout ce que fait quelqu'un ou tout ce qui lui arrive entre sa naissance et sa mort, est considéré comme fait par un seul individu ou comme arrivé à un seul individu. Cela est reconnu suffñsant, dans la pratique, tant devant les tribunaux que pour les besoins de la vie journalière, laquelle, étant toute remplie de la hâte et de la presse des affaires, ne peut accepter que les compromis, c'est-à-dire la traduction, en signes conventionnels simples, des phénomènes complexes. Quand des hommes pour qui le temps est de l'argent ont affaire, à toute heure et tous les jours, à des faits d'une complication extrême, il faut que ces faits soient simplifiés, et traités à peu près de la même façon que les traite le peintre: en les groupant par masses, en prenant leurs traits les plus importants et en négligeant tout ce qui ne s'affirme pas comme trop essentiel pour qu'on puisse le laisser de côté ; et de là proviennent les expressions spéciales et le jargon propre à chaque métier; — de là provient le langage lui-même. Car le langage n’est, après tout, qu'une espèce de « jargon », le seul moyen, il est vrai, que nous ayons, dans bien des cas, pour communiquer nos idées à autrui, mais, malgré tout, un très mauvais moyen, et qui ne saurait supporter un seul instant la comparaison avec le langage nonparlé auquel nous avons parfois recours. Les métaphores et « façons de parler (1) » auxquelles, même dans nos propos les (1) En français dans le texte. (IN, Ti]

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