‹ La vie et l'habitude, traduit de l'anglaisChapitre 36 sur 135 · POST · texte numérisé non relu

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plus ordinaires, nous recourons perpétuellement (comme, par exemple, dans ces deux lignes-ci, les mots ( ordinaires », ( recourons », ( perpétuellement », qui sont tous basés sur une métaphore, et par conséquent plus ou moins sujets à nous induire en erreur) nous trompent souvent, comme s’il n’y avait rien de plus que ce que nous voyons et disons, et comme si les mots, au lieu d'être ce qu'ils sont en effet : les créatures de notre convenance, avaient quelque titre à être considérés comme les idées mêmes qui font l'objet de notre conversation.

Une lettre que j'ai reçue récemment d'un ami qui se trouve pour le moment en Nouvelle-Zélande, et qui ne l’a certainement pas écrite avec l'intention qu'elle fût publiée, exprime si bien ce que j'ai dit plus haut, que je vais me risquer à citer le passage où il l'exprime, mais je crois devoir déclarer que je le fais à son insu et sans sa permission, que je ne pourrai pas recevoir avant la date à laquelle ce livre devra être achevé.

« Les mots !» m'écrit-il, «les mots ! Ce sont les pierres d'achoppement sur la route de la vérité. On ne peut penser juste et bien que lorsqu'on arrive à penser aux choses telles qu'elles sont et non plus aux mots, qui les représentent mal. Les mots donnent l'apparence de lignes droites et dures là où il n'y a que des courbes. Les mots divisent : ainsi, nous appelons, ceci un homme, cela un singe, et cela encore un chimpanzé, alors qu'il n'y a là que des différenciations d'une même chose. Pour penser à un objet, il est nécessaire de s'affranchir des mots : ils sont les vêtements que portent les pensées, — les vêtements et rien de plus. Je le dis et je le répète, car il n’y a rien qui soit plus important. Dès le début d’une enquête, on se trouve arrêté par les mots d’autres hommes. Et un homme peut passer toute sa vie à jouer avec des mots, à les arranger, et à les ré-arranger, comme des dominos. Si je pouvais, au lieu de vous parler, vous ( penser » sans mots, vous me comprendriez mieux. »

Si ces remarques sont justes, elles s'appliquent assurément aux mots « identité personnelle ». La moindre réflexion montrera que l'identité personnelle, dans un sens tant soit peu strict, est une impossibilité. Cette expression n'est qu'un des nombreux

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