‹ La vie et l'habitude, traduit de l'anglaisChapitre 38 sur 135 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

mais l’évêque ne parle de ces opinions que pour les condamner. Les voici : « Que la personnalité n’est pas quelque chose de permanent mais de transitoire ; qu'elle vit et meurt, commence et fmt continuellement : qu'aucun homme ne peut pas plus rester le même pendant deux instants consécutifs, que deux instants consécutifs ne peuvent être le même instant. Car alors, » poursuit l'évêque; « notre moi actuel ne serait pas en réalité le même que notre moi d'hier, mais un autre moi, ou une autre personne lui ressemblant, qui se substituerait à lui et qu'on prendrait pour lui, et à laquelle succéderait demain un autre moi. » L'évêque se met ensuite en devoir de réduire cette opinion à l'absurde en disant : « Ce serait donc nous tromper nous-mêmes que de reprocher à notre moi actuel aucune des choses que nous avons faites ; ou de nous figurer que notre moi actuel a quelque chose à voir avec ce qui nous est arrivé hier ; ou que notre moi actuel aura quelque chose à voir avec ce qui nous arrivera demain. Car c’est Rà ce qui découle forcément de ces opinions : en effet, si le moi, ou la personne, d’aujourd’hui et celui de demain ne sont pas le même moi, la même personne, maïs seulement deux personnes qui se ressemblent, ce qui arrivera à la personne de demain n'intéresse en réalité pas plus la personne d'aujourd'hui que ce qui pourra arriver à n'importe quelle autre personne. On dira peutêtre que ce n’est pas là représenter exactement l'opinion dont nous parlons, attendu que ceux qui la soutiennent admettent qu'une personne est la même depuis l’époque la plus éloignée dont elle se souvienne ; et en effet ils se servent des mots «identité» et « même personne ». Du reste, le langage ne souffrirait pas qu'on renonçât à se servir de ces mots, attendu que, dans ce cas, il faudrait leur substituer je ne sais quelle ridicule périphrase. Mais ils ne peuvent pas, sous peine de n'être plus conséquents avec eux-mêmes, vouloir dire que la personne est véritablement la même. Car il va de soi que la personne ne peut pas être la même si, comme ils l’afñrment expressément, ce en quoi elle consiste n'est pas le même. Et, de même qu'ils ne peuvent pas, sans se mettre en désaccord avec eux-mêmes, dire que la personne n'est pas la même, il me semble évident aussi qu'ils ne disent

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