LORS
pas qu'elle la soit réellement, sinon qu'elle ne l'est que dans un sens tout fictif : dans le même sens seulement, disent-ils — car c’est ce qu'ils soutiennent, — dans lequel un nombre quelconque : de personnes peuvent être la même personne. Il me semble que la simple exposition de cette opinion et le seul fait de la découvrir dans sa nudité à tous les regards, est la meilleure réfutation qu’on en puisse faire. »
Cette escrime, — car cela ne mérite pas le nom d’argumentation sérieuse, — est rendue possible par le peu d'exactitude avec laquelle on emploie communément les mots « identique » et « identité ». L'évêque Butler ne songerait pas à nier tout de bon que notre personnalité subit de grands changements depuis l'efance jusqu'à la vieillesse, et que par conséquent il faut bien qu'elle éprouve un peu de changement entre deux moments consécutifs. Et cela est si universellement admis, qu'on entend constamment dire de tel ou tel homme « qu'il n’est plus du tout le même », ou de tel autre, « qu'il est devenu tout différent de ce qu'il était », expressions on ne peut plus justes et on ne peut plus près de la réalité. D'autre part, ceux que l’évêque Butler cherche à réfuter seraient les premiers à admettre que, s'il est vrai que de nombreux changements se produisent entre l'enfance et la vieillesse, il est vrai aussi que ces changements surviennent, chez tout individu, dans des conditions que nous sommes tous d'accord pour considérer plutôt comme des facteurs de l'identité personnelle que comme des obstacles à cette identité ; autrement dit : il n’y a pas eu mort de l'individu entre deux phases quelconques de son existence, et chaque phase a eu un effet permanent, bien qu ‘imperceptible peut-être, sur toutes les phases suivantes. De sorte que jamais personne n ‘a songé sérieusement à soutenir cette opinion sous la forme supposée par l'évêque Butler, mais bien avec des atténuations et des réserves sur lesquelles il ne lui convient pas d'attirer l'attention.
Identique signifie exactement « un et le même ». Et si on limitait ce mot à son sens le plus strict, il s’en suivrait en effet très logiquement, ainsi que nous l'avons déjà dit, que l'identité personnelle est chose impossible, et que le cas est exactement tel que