CHAPITRE VII
d’inaction » — pendant laquelle on ne peut s'empêcher de penser que le corps décapité réfléchit à ce qu'il a de mieux à faire en cette conjoncture — « le pied du côté opposé refait le même mouvement » ; chose qui, pour nous autres profanes, semblerait indiquer que le corps décapité est capable de sentir les impressions qu'il reçoit et d'en raisonner par un acte psychologique ; et cela, naturellement, veut dire que ce corps possède encore une espèce d'âme.
Voici une grenouille dont vous brûlez la cuisse droite avec de l'acide acétique. Tout naturellement, elle cherche à y porter son pied droit pour en ôter l'acide. Ensuite vous lui coupez la tête, et vous remettez de l'acide acétique au même endroit : la grenouille sans tête, ou plutôt le corps de feu la grenouille, fait exactement ce qu'a fait la grenouille avant d’être décapitée : elle essaye de porter son pied droit à la place brûlée. Maintenant, vous lui coupez la patte droite : le corps décapité déhbère et, au bout d’un instant, il cherche à faire avec son pied gauche ce qu'il ne peut plus faire avec le droit. Les esprits positifs et non prévenus tireront eux-mêmes la conclusion. Vous ne les persuaderez pas de juger la chose autrement que selon l'opinion commune et superñcielle. [ls diront que le corps décapité est encore capable, dans une certaine mesure, de sentir, de penser et d'agir, et que par conséquent il faut qu'il possède une âme vivante.
Or, voici ce que dit le D' Carpenter : « Eh bien, on pourrait croire que l'exécution de ces mouvements, et de bien d’autres encore, qui prouve une très remarquable adaptation à un but, indique que les impressions reçues éveillent des sensations, et que l'animal est capable, non seulement de sentir, mais de diriger volontairement ses mouvements de façon à se débarrasser de l'irritation qui l'mcommode. Mais cette conclusion serait en contradiction avec d’autres faits. En premier lieu, les mouvements * qu'exécute l'animal dans ces circonstances ne sont jamais spontanés, mais sont toujours provoqués par un excitant quelconque ».
Îci nous nous arrêtons pour nous demander si jamais aucune action exécutée par une créature quelconque et dans quelque crconstance que ce soit, se produit sans “qu "mtervienne « un
excitant quelconque ». Et, à moins que nous puissions répondre \ affrmativement, on ne voit pas comment l'objection du D’ Carpenter peut être valide.
« C'est ainsi », poursuit-il, ( qu'une grenouille décapitée » (ici on nous dit enfin clairement que la tête de la grenouille a été réellement coupée), ( après que les premiers mouvements convulsifs violents occasionnés par l'opération ont disparu, demeure immobile jusqu'à ce qu'on la touche ; et alors sa patte, ou son corps entier peuvent entrer brusquement en action, pour redevenir inertes tout aussi soudainement ». (Comment cette immobilité, lorsque l'animal ne sent plus rien, démontre-t-elle que C sa patte ou son corps entier » n'avait pas perçu quelque impression qui l'avait fait sentir, lorsqu'il n'était pas inerte 2)
« De même, nous observons que ces mouvements peuvent s'exécuter non seulement quand le cerveau a été retranché sans qu'on ait touché à l’épine dorsale, mais encore lorsque l’épine dorsale elle-même a été coupée en travers, de façon à se trouver divisée M en deux ou plusieurs tronçons dont chacun est complètement M isolé des autres, et des autres parties des centres nerveux. Ainsi donc, la tête d’une grenouille étant coupée, et son épine dorsale tranchée de telle sorte que ses pattes de devant restent reliées à la partie supérieure de son corps, et ses pattes de derrière à la partie inférieure, on peut encore provoquer des mouvements dans chacune des deux paires de membres sur laquelle on applique * un excitant ; mais on ne pourra plus provoquer de mouvements concomitants dans les deux paires de membres à la fois, comme on le pouvait avant que l’épine dorsale eût été tranchée ».
Cela sera peut-être plus clair si on l’exprime ainsi : On prend une grenouille, et on la coupe en trois morceaux ; par exemple :
premier morceau : la tête; deuxième morceau : les pattes de M devant et la partie du corps sur laquelle elles s’articulent ; troi- M sième morceau : les pattes de derrière. On irrite l’un quelconque … k de ces morceaux, et alors on remarque qu il s'agite à peu près M
comme il l'aurait fait si l'animal n'avait pas été coupé; mais |
on ne remarque plus aucun concert entre les mouvements exécutés QI
par les trois morceaux, c'est-à-dire que, si on irrite la tête, les 4